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Moyen Orient et Monde - Éclairage

En pleine crise de confiance, le gouvernement tunisien navigue à vue

Chacune des décisions de l'exécutif est contestée, ses hésitations sont considérées comme une marque de faiblesse, voire une volonté de pérenniser l'ancien régime.
Pas un jour sans une manifestation. Soucieux de « ne pas se laisser voler la révolution » qui a chassé le président Zine el-Abidine Ben Ali le 14 janvier, les Tunisiens maintiennent l'exécutif sous pression. Et dans ce climat délétère, le gouvernement tunisien de transition navigue à vue, jugent politiques, syndicats et observateurs.
Pour donner des gages de sa volonté de réforme, le gouvernement a commencé par purger la haute hiérarchie de la police et des administrations, puis a suspendu avant une dissolution programmée le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le tout-puissant parti de l'ère Ben Ali. Lundi, le Premier ministre Mohammad Ghannouchi a obtenu de l'Assemblée nationale, dominée par le RCD, qu'elle permette au président de gouverner sans elle, par décrets-lois.
Si les islamistes d'Ennahda et le RCD, qui ont polarisé la vie politique tunisienne pendant des années, sont étonnamment silencieux, l'opposition de gauche dénonce, elle, des « gesticulations ». « Ce gouvernement n'a aucune légitimité. Nous voulons un véritable gouvernement de transition, avec des femmes et des hommes qui n'ont aucun lien avec l'ancien régime », a tranché hier Hamma Hammami, patron du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT). Cet opposant historique, plusieurs fois emprisonné, réclame une « Assemblée constituante, seule habilitée à jeter les bases de la démocratie et à organiser des élections vraiment libres et transparentes ».
Pour le Front du 14 janvier, qui regroupe dix partis interdits sous Ben Ali, le gouvernement a « achevé de se discréditer » en nommant des gouverneurs « dont 19 sur 24 sont issus du RCD ». Moins sévère, Maya Jribi, secrétaire générale du Parti démocrate progressiste (PDP, opposition légale sous Ben Ali qui participe au gouvernement), reconnaît toutefois que « de vieux réflexes » perdurent. « Ce gouvernement semble puiser dans un cercle fermé, être incapable de reconnaître qu'il y a une société civile qui doit être associée aux réformes », affirme-t-elle. « Le gouvernement prend des décisions sur lesquelles il est obligé de revenir, refait les mêmes erreurs », ajoute-t-elle. À l'appui, elle rappelle qu'il a fallu remanier l'équipe pour écarter les derniers caciques du RCD et qu'il faudra probablement revoir la liste des nouveaux gouverneurs. Pas question pour autant de remettre en cause la participation du PDP au gouvernement : « Il n'y a pas d'alternative. Nous soutenons un processus qui est le seul à pouvoir conduire à des élections libres », déclare-t-elle. « La contestation qui consiste seulement à dire "Dégage !" ne peut conduire qu'au chaos. Si ce gouvernement tombe, il y a un risque de voir s'installer un régime militaire. L'armée doit rester dans les casernes et il faut rétablir la confiance en fixant un cap clair, en annonçant un date crédible pour les élections », affirme Maya Jribi.
Officiellement, les autorités de transition ont le soutien de la communauté internationale, Union européenne en tête, mais en coulisses, l'inquiétude gagne. « Actuellement, on ne va nulle part. Politiquement, il y a un vide total. La chance de la Tunisie, c'est que le peuple fait preuve d'une grande maturité, mais il pourrait à nouveau descendre dans la rue », analyse un diplomate en poste à Tunis, qui juge urgent de fixer un calendrier électoral.
De son côté, la puissante centrale syndicale de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) est satisfaite de voir « le Parlement de Ben Ali » court-circuité, mais exige toujours la mise en place d'un « Conseil de protection de la révolution ». Même son de cloche du côté de l'ordre des avocats, en pointe de la contestation pendant la révolution, qui juge indispensable un « contre-pouvoir ».
Pas un jour sans une manifestation. Soucieux de « ne pas se laisser voler la révolution » qui a chassé le président Zine el-Abidine Ben Ali le 14 janvier, les Tunisiens maintiennent l'exécutif sous pression. Et dans ce climat délétère, le gouvernement tunisien de transition navigue à vue, jugent politiques, syndicats et observateurs.Pour donner des gages de sa volonté de réforme, le gouvernement a commencé par purger la haute hiérarchie de la police et des administrations, puis a suspendu avant une dissolution programmée le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le tout-puissant parti de l'ère Ben Ali. Lundi, le Premier ministre Mohammad Ghannouchi a obtenu de l'Assemblée nationale, dominée par le RCD, qu'elle permette au président de gouverner sans elle, par décrets-lois.Si les islamistes d'Ennahda et...
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