La chancelière Angela Merkel et le président français lors de leur conférence de presse, hier. Lionel Bonaventure/AFP
« Nous voulons dire clairement que sur le plan politique, nous voulons progresser ensemble. Cela signifie une coopération économique plus étroite », a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel devant la presse, aux côtés du président français Nicolas Sarkozy, en marge d'un sommet de l'UE.
« Nous voulons renforcer la compétitivité de l'Europe et de son économie, nous voulons faire converger les différentes économies européennes », a renchéri le chef de l'État français.
Pour finaliser leur projet, ils ont proposé la tenue d'un sommet des dirigeants des seuls pays de la zone euro en mars - un format exceptionnel qui a commencé à être utilisé depuis le début de la crise financière - avant une réunion des dirigeants des 27 pays de l'UE à la fin du même mois.
Le « pacte » envisagé prévoit que les capitales suivent des objectifs communs concernant les systèmes de retraites (comme le recul de l'âge de départ en retraite si nécessaire), la politique salariale (suppression notamment de l'indexation des salaires sur les prix dans les pays qui l'ont), ou la dette publique avec des plafonds contraignants, tel que l'Allemagne l'a inscrit dans sa Constitution en 2009.
La chancelière allemande a prévenu que le « modèle retenu (pour ce pacte) doit être l'État membre qui remplit le mieux les conditions » fixées, laissant entendre qu'elle souhaitait qu'il soit à l'image de son économie.
Côté français, on assure cependant que « le meilleur, ce n'est pas toujours l'Allemagne » et qu'il n'y a « pas de risque de domination allemande là-dedans ».
Le projet porte toutefois très nettement l'empreinte allemande. Et les propositions ne sont pas du goût de tout le monde.
Le Premier ministre belge Yves Leterme a rejeté clairement ces propositions, car elles impliqueraient la suppression dans son pays de l'indexation des salaires sur les prix. « Les États membres doivent avoir l'espace de mener leurs propres politiques », a-t-il soutenu.
D'autres pays ont exprimé des réserves, comme l'Autriche sur les retraites ou l'Espagne sur les salaires. La Confédération européenne des syndicats a, elle, parlé « d'un pacte nuisible » aux conventions collectives qui créera « davantage d'inégalités ».
« Beaucoup d'États se plaignent que le tandem franco-allemand veuille leur imposer des choses », selon une source proche de la Commission européenne.
La Commission s'inquiète de son côté que Français et Allemands veuillent mener ce projet dans un cadre « intergouvernemental », alors qu'une réflexion sur ces sujets est déjà engagée au niveau « communautaire », sous son impulsion.
Pour l'Allemagne, le renforcement de la discipline commune est le prix à payer pour éviter de nouvelles crises, mais aussi pour qu'elle accepte de soutenir financièrement ses partenaires en difficulté.
Les dirigeants de la zone euro devaient en effet aussi poser les jalons hier d'un renforcement de leur Fonds de secours financier, créé en mai.
Concrètement, un consensus s'est dessiné pour augmenter la capacité effective de prêt du Fonds, à 440 milliards d'euros. Aujourd'hui il est officiellement doté de 440 milliards, mais il ne peut en réalité prêter que 250 milliards d'euros, le reste devant être conservé de côté sous forme de garantie.
Le Fonds pourrait par ailleurs être doté de nouvelles missions, comme racheter de la dette publique de pays en difficulté, ou leur prêter de l'argent pour qu'ils le fassent.


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