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Moyen Orient et Monde - Égypte

Souleimane : L’appel au départ de Moubarak est un appel au chaos

Les anti-Moubarak appelés à manifester massivement, aujourd'hui, pour la « journée du départ ».

Au dixième jour d'un mouvement de contestation sans précédent et particulièrement violent contre son régime, le président Hosni Moubarak a assuré hier à la chaîne américaine ABC qu'il en avait « assez ». « Après 62 ans dans la fonction publique, j'en ai assez, je voudrais partir », a dit Moubarak à Christiane Amanpour qui s'est entretenue 30 minutes durant avec le président au Caire. Le président a néanmoins ajouté, selon Amanpour dans des propos rapportés sur le site d'ABC, qu'il ne pouvait partir car : « Si je pars aujourd'hui, ce sera le chaos. » Face aux appels de Barack Obama à engager sans tarder le processus de transition, Hosni Moubarak a déclaré qu'il avait dit au président américain : « Vous ne comprenez pas la culture égyptienne et ce qui se passerait si je démissionnais », rapporte ABC. Le raïs s'exprimait en présence de son fils Gamal, en affirmant que ce dernier n'avait jamais eu l'intention de se porter candidat à la présidentielle. Plus tôt dans la journée, le vice-président Omar Souleimane avait lui aussi assuré dans un entretien à la télévision publique que « l'appel au départ (de M. Moubarak) est un appel au chaos ».
Le président égyptien, dont l'annonce mardi qu'il ne briguerait pas un 6e mandat à la présidentielle de septembre n'a pas satisfait les protestataires, a aussi dit qu'il ne voulait pas voir « les Égyptiens se battre entre eux ». Le raïs s'est dit troublé par les violences qui ont éclaté pendant les manifestations, mais il a assuré que son gouvernement n'en était pas responsable. Il a fait porter la responsabilité des dérapages aux Frères musulmans dont il avertit qu'ils prendront le pouvoir s'il démissionne maintenant.
L'opposition et la presse indépendante ont, de leur côté, rendu les « baltaguiya », hommes de main du régime, responsables des heurts. « Ce sont des éléments du régime, peut-être des hommes d'affaires craignant d'être poursuivis si Moubarak ou son fils ne se présentent pas à la présidentielle, qui sont derrière ces violences », estime Imad Gad, du Centre al-Ahram pour les études politiques et stratégiques.
Les déclarations de Moubarak sont intervenues après une nouvelle journée de violence marquée par la poursuite des affrontements, par intermittence, entre pro et anti-Moubarak, notamment autour de la place Tahrir, au Caire. Tout au long de la journée et malgré le couvre-feu nocturne, des centaines de partisans du régime armés de matraques, de couteaux et certains de pistolets empêchaient l'entrée sur la place de renforts ou ravitaillement aux opposants qui y sont retranchés. Quiconque tentait de franchir leur barrage était accueilli par des insultes. « C'est interdit ! On coupe la tête de celui qui va par là », hurlait un partisan du régime en brandissant un couteau de cuisine.
L'armée, épine dorsale du régime, surveillait placidement. Elle n'est intervenue que rarement pour disperser les protagonistes ou tenter de sauver les personnes agressées.
D'autres partisans du régime, postés sur le pont 6-Octobre, ont lancé des pierres et des bouteilles incendiaires sur les protestataires anti-Moubarak au milieu de coups de feu sporadiques. Des pavés et des bordures en pierre ont été utilisés comme projectiles et des barricades ont été érigées.
Ces heurts, qui ont débuté mercredi, ont fait au moins huit morts et plus de 830 blessés, selon un dernier bilan officiel. Parmi les tués, un étranger, qui aurait été battu à mort selon des témoins et des services de secours. L'ONU a fait état de 300 morts lors de la première semaine de la contestation lancée le 25 janvier.
Hier soir, un calme tendu régnait sur cette place. Des milliers de manifestants écoutaient des discours hostiles au président et campaient dans des tentes ou se réchauffaient autour de feux, se préparant à une nouvelle nuit à la belle étoile, selon un journaliste de l'AFP. Une place à partir de laquelle les médias ne diffusaient plus en direct, probablement en raison des agressions dont de nombreux journalistes ont été victimes mercredi et jeudi et des mesures d'intimidation du pouvoir (voir par ailleurs).

Les Frères musulmans refusent de dialoguer avec un régime « illégitime »
Sur le plan politique, l'impasse était totale. Avant les déclarations du président Moubarak, le pouvoir avait semblé faire des concessions. L'agence officielle de presse MENA avait ainsi rapporté hier après-midi que la justice avait gelé les comptes bancaires et interdit de sortie du territoire plusieurs ex-ministres du gouvernement, dont Habib el-Adli, ministre de l'Intérieur honni en raison des agissements de la police. Le nouveau Premier ministre égyptien, Ahmad Chafik, avait également présenté des excuses pour les violences qui se sont produites dans le centre du Caire. Quelques heures plus tard, dans une interview à la télévision d'État, le vice-président Omar Souleimane a déclaré vouloir associer les Frères musulmans, ses ennemis de toujours, à un dialogue entre le régime et l'opposition. « Je dis qu'ils hésitent, ils ne refusent pas, et il est de leur intérêt de (participer au) dialogue, qui est une occasion précieuse pour eux », a-t-il ajouté. Mais les Frères musulmans, principale force d'opposition, ont rejeté cet appel, qualifiant le régime « d'illégitime ».
« Ces appels n'influeront pas sur les rassemblements de masse prévus vendredi pour faire tomber le régime », a encore dit le porte-parole des Frères musulmans. Ces manifestations pour le « jour du départ » aujourd'hui doivent se tenir à travers le pays après la prière musulmane en début d'après-midi, pour appeler une nouvelle fois à la chute du régime de Moubarak, une majeure partie de l'opposition refusant l'arrêt de leur mouvement tant qu'il reste au pouvoir. En soirée, l'on apprenait que les autorités optaient pour la manière forte en arrêtant sept jeunes leaders du mouvement de contestation après leur rencontre avec une figure de proue de l'opposition, Mohammad el-Baradei, selon leurs proches.
« Vendredi sera une journée décisive pour savoir où va la stratégie du régime », estimait hier Rabab al-Mahdi, politologue à l'Université américaine du Caire. Elle estimait toutefois que la stratégie du régime est « dangereuse ». « Les gens qui ont été sortis de prison, les armes qui circulent partout... Nous allons en subir les conséquences pendant des années. »
Face à la situation alarmante, les dirigeants occidentaux maintiennent la pression sur M. Moubarak en appelant à une transition immédiate du pouvoir, alors que le président américain Barack Obama a dit prier pour « des jours meilleurs » en Égypte. En soirée, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a appelé le pouvoir égyptien à entamer « immédiatement » un dialogue avec l'opposition. Le pouvoir égyptien a rejeté ces « ingérences ». La communauté internationale continuait en outre d'aider ses ressortissants à quitter le pays.
Au dixième jour d'un mouvement de contestation sans précédent et particulièrement violent contre son régime, le président Hosni Moubarak a assuré hier à la chaîne américaine ABC qu'il en avait « assez ». « Après 62 ans dans la fonction publique, j'en ai assez, je voudrais partir », a dit Moubarak à Christiane Amanpour qui s'est entretenue 30 minutes durant avec le président au Caire. Le président a néanmoins ajouté, selon Amanpour dans des propos rapportés sur le site d'ABC, qu'il ne pouvait partir car : « Si je pars aujourd'hui, ce sera le chaos. » Face aux appels de Barack Obama à engager sans tarder le processus de transition, Hosni Moubarak a déclaré qu'il avait dit au président américain : « Vous ne comprenez pas la culture égyptienne et ce qui se passerait si je démissionnais », rapporte...
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