Au ministère de l'Agriculture (10 % du PIB tunisien), Mokhtar Jalleli, opposant au régime déchu entré au gouvernement le 27 janvier, ne gère « que des situations d'urgence ».
Environ « 10 000 fonctionnaires payés par l'État travaillaient en fait pour le RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique). Les gens étaient obligés d'adhérer au parti (plus de deux millions de membres revendiqués), de payer pour avoir un emploi », explique le ministre. Mais pour lui une épuration brutale risquerait de déstabiliser l'économie.
L'économiste Adbeljelil Bédoui veut au contraire « des signaux forts rapidement » et que « des têtes tombent sinon la confiance des citoyens et des investisseurs ne reviendra pas ».
Pour ramener la stabilité, dit-il, « l'État doit prendre le contrôle ou nationaliser les entreprises du clan Ben Ali » et réguler le secteur informel, cette « économie de la débrouille » qui, selon lui, représente 36 à 40 % des emplois non agricoles et entre 10 et 15 % du PIB.
Déjà deux banques tenues par des proches de Zine el-Abidine Ben Ali (Zitouna et la Banque de Tunisie) et menacées de faillite sont passées sous le contrôle de la Banque centrale de Tunisie.
Selon Adbeljelil Bédoui, l'équipe de transition ne fera pas de miracles, mais a des atouts : un déficit public maîtrisé d'environ 3,6 % du PIB, un endettement public de seulement 40 % et une pression fiscale et parafiscale de 28 %, « ce qui permet une politique volontariste ambitieuse ».
Dans les milieux d'affaires, on se veut rassurant.
Le président de la Chambre de commerce franco-tunisienne, Habib Gaïda, affirme que pratiquement toutes les entreprises françaises (1 270 sur les 3 175 entreprises étrangères du pays, 114 000 emplois) ont redémarré deux jours après la chute de Ben Ali à la mi-janvier.
La France est le premier partenaire commercial de la Tunisie, avec environ 7 milliards de dollars d'échanges par an.
Zied Lahbib, sous-directeur de l'Agence de promotion de l'investissement extérieur (FIPA) dépendant du ministère de la Coopération, se réjouit « du rôle des partenaires étrangers qui ont très vite réaffirmé leur soutien ».
Le groupe hôtelier Accor, qui a indiqué lundi avoir « perdu 25 millions d'euros en Tunisie » avant de se désengager il y a deux ans, a affirmé qu'il va revenir exploiter deux hôtels à Tunis en juin... avec de nouveaux partenaires.
« Le régime de Ben Ali, c'était une chappe de plomb pour l'environnement des affaires », explique-t-il.
« Des hommes d'affaires de la diaspora nous contactent déjà pour rentrer, parce qu'ils sont tunisiens mais aussi parce qu'ils veulent être les premiers à prendre les marchés, surtout dans les nouvelles technologies et l'ingénierie informatique » qui représentent plus de 10 % du PIB, poursuit-il.
Deux semaines après la chute de Ben Ali, il est encore difficile d'évaluer l'impact sur l'économie, le gouvernement ayant avancé une perte de 1,6 milliard d'euros (environ 4 % du PIB).
Le tourisme (6 % du PIB) tourne au ralenti, mais « on est encore loin de la pleine saison », tempère le gouvernement.


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