Alors qu’une marée humaine a de nouveau déferlé hier sur la place Tahrir dans le centre du Caire, le vice-président égyptien, Omar Souleimane, a appelé à l’ouverture d’un dialogue immédiat avec l’opposition. Mohammad Abed/AFP
Dans la soirée, le vice-président Omar Souleimane a annoncé lors d'une brève allocution télévisée avoir été chargé par le président d'ouvrir un dialogue immédiat avec l'opposition, « autour de toutes les questions liées aux réformes constitutionnelles et législatives ». Dans la journée, M. Moubarak a annoncé un important remaniement. Le ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, dont les manifestants réclamaient le départ, a été remplacé par un haut responsable de la police, Mahmoud Wagdi. Et il n'y a plus de ministre issu du monde des affaires, considéré comme proche de Gamal Moubarak, fils de Hosni et lui aussi conspué par les manifestants. Les Frères musulmans, force d'opposition la plus influente du pays, ont très vite rejeté ce nouveau cabinet et appelé à « des manifestations massives partout en Égypte afin que tout le régime - président, parti, ministres et Parlement - quitte le pouvoir ».
Dans un communiqué officiel adressé en début de soirée au « grand peuple d'Égypte », l'armée a jugé « légitimes » ses revendications et assuré qu'elle ne recourrait « pas à l'usage de la force contre le peuple égyptien ». Le mouvement de contestation avait lancé plus tôt un appel à la grève générale et à des « marches d'un million » de personnes aujourd'hui au Caire et à Alexandrie, la suspension du trafic ferroviaire hier empêchant les mouvements vers la capitale. Pour diffuser leurs messages, les manifestants comptaient sur le bouche-à-oreille, Internet restant bloqué et le service de messagerie mobile perturbé.
Dans l'après-midi, une marée humaine a de nouveau déferlé sur la place Tahrir dans le centre du Caire, épicentre d'une contestation qui a fait au moins 125 morts et des milliers de blessés en une semaine. À la nuit tombée, ils étaient toujours des dizaines de milliers à braver tranquillement le couvre-feu, en vigueur de 15h00 à 8h00 au Caire, à Alexandrie et à Suez, dans une ambiance de kermesse. Venus en famille ou en groupes, à peine contrôlés à l'entrée de la place par des soldats qui ouvraient juste les sacs et les cartons de nourriture, ils exigeaient la fin de la corruption, des privations et de l'oppression policière. « Pas de changements de visage, un changement de régime ! » ou « Le sang des martyrs n'aura pas été versé en vain ! », scandaient les manifestants. « J'habite à 80 km du Caire, je suis ici depuis trois jours. J'ai prévenu mes enfants : je ne rentrerai pas à la maison tant que ce régime pourri ne sera pas tombé. Nous avons eu peur pendant trente ans, c'est fini », a affirmé Ramadan el-Yamani, un professeur de 49 ans. Hier, six journalistes de la chaîne qatarie al-Jazira ont été brièvement arrêtés au Caire, au lendemain de l'interdiction de la chaîne satellitaire en Égypte.
La Maison-Blanche s'est dit satisfaite de la « retenue » dont ont fait preuve jusqu'à présent, selon elle, les forces égyptiennes, et a appelé au calme à la veille des marches géantes. Les ministres européens des Affaires étrangères ont appelé à des « réformes démocratiques substantielles » conduisant à des élections « libres et justes », et le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à une « transition pacifique ».
Au septième jour de mobilisation, entamée 11 jours après la fuite de l'ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali sous la pression de la rue, le pays était toujours en partie paralysé. La plupart des distributeurs de billets étaient vides, beaucoup de stations-service à sec, les banques fermées... La compagnie nationale Egyptair a annulé jusqu'à nouvel ordre tous ses vols prévus aux heures du couvre-feu. Au plus fort de la saison touristique, de nombreux voyagistes ont suspendu les départs des vacanciers. Plusieurs pays, dont les États-Unis, le Canada, l'Arabie saoudite ou la Tunisie, ont dépêché des avions pour assurer le rapatriement de leurs ressortissants.


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