Après plus de 20 ans d’exil, l’opposant islamiste, Rached Ghannouchi, est de retour à Tunis. Louafi Larbi/Reuters
Autour de lui, un cordon de sécurité de membres de son parti coiffés de casquettes blanches tentait de le protéger de la bousculade en criant « Ne le touchez pas ! Ne le touchez pas! » « On n'a pas confiance dans la police », a indiqué un membre du service d'ordre. Dans le hall du terminal plein comme un œuf, des milliers de partisans d'Ennahda avaient attendu leur « héros » plusieurs heures. À pleins poumons, la foule alternait l'hymne national et de vibrants « Allah Akbar ».
Au moment d'abandonner son exil londonien et après avoir posé tout sourire sur fond de drapeau tunisien, le vieux leader était apparu très politique : « Je suis toujours le dirigeant de mon parti. S'il y a des élections libres et équitables, des législatives mais pas la présidentielle, Ennahda y participera .» « Je ne vais pas me présenter à la présidentielle et il n'y aura aucun (candidat) membre d'Ennahda », a répété Ghannouchi, dans un entretien à l'AFP au domicile de son frère dans le nord de Tunis. Sur la nouvelle donne en Tunisie après la chute brutale et la fuite le 14 janvier de Zine el-Abidine Ben Ali, M. Ghannouchi a été assez critique. « Il y a une certaine confusion. Le gouvernement de transition change de ministres tous les jours, n'est pas stable et ses pouvoirs ne sont pas encore clairs », a-t-il jugé en réclamant à nouveau un « gouvernement d'union nationale ».
Depuis Londres, Ghannouchi s'était aussi voulu rassurant : « La charia (la loi islamique) n'a pas sa place en Tunisie » et « la peur est uniquement basée sur l'ignorance », qu'il impute à la politique de diabolisation de son mouvement par Ben Ali. Signe d'une crainte, quelques dizaines de militants pour la laïcité avaient fait le déplacement à l'aéroport, et samedi des centaines de femmes avaient manifesté à Tunis pour défendre l'émancipation acquise depuis plus d'un demi-siècle.
Rached Ghannouchi a fondé, en 1981, Ennahda (Renaissance) avec des intellectuels inspirés par les Frères musulmans égyptiens. Il dit aujourd'hui représenter un islam modéré proche de l'AKP turc. Toléré au début de l'ère Ben Ali en 1987, son mouvement avait été réprimé après les législatives de 1989, où les listes qu'il soutenait avaient recueilli au moins 17 % des suffrages. Environ 30 000 militants et sympathisants islamistes avaient été arrêtés dans les années 90. M. Ghannouchi avait alors quitté la Tunisie pour l'Algérie, puis Londres. En 1992, il avait été condamné par contumace à la prison à perpétuité pour un complot contre le président.
À peine sur le sol tunisien, la signification de son retour fait débat. Pour Mohammad Habib Azizi, professeur d'histoire à l'université de Tunis, « ce qui s'est passé en Tunisie ne peut en aucun cas être considéré comme l'œuvre des islamistes, des nationalistes ou des communistes ». À l'aéroport, un syndicaliste de 37 ans, Mohammad Mahfoud, avait en revanche confectionné une pancarte sur la « contribution » d'Ennahda à la « lutte contre la dictature », avec le nombre de prisonniers, d'exilés et de « martyrs ».


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