Les ennuis de cette femme menue et combative, un des chefs de file de la révolution orange de la fin 2004, ont commencé après le fiasco de sa candidature à la présidentielle 2010. Avant même l'investiture à la présidence de son rival Viktor Ianoukovitch, le Parlement l'a limogée de son poste de Premier ministre en février, la contraignant à passer dans l'opposition.
Des problèmes avec la justice n'ont pas tardé. Le parquet général a d'abord réanimé en mai une enquête judiciaire pour tentative de corruption, portant sur des faits datant de 2003. L'affaire est vite tombée dans l'oubli, mais d'autres ont suivi. Ioulia Timochenko est alors interrogée au parquet, d'abord en tant que témoin dans le cadre d'une enquête sur la mauvaise utilisation de fonds reçus par Kiev en échange de la vente de ses quotas d'émission de CO2. Elle est accusée d'avoir utilisé ces fonds pour verser les retraites. À la mi-décembre, l'ex-Premier ministre est inculpée d'abus de pouvoir dans cette affaire et assignée à résidence.
Parallèlement, nombre d'autres ex-hauts responsables de son gouvernement sont visés par des enquêtes pour abus de pouvoir. Deux ex-ministres sont arrêtés et un troisième obtient l'asile politique en République tchèque.
L'opposition dénonce des répressions politiques alors que les États-Unis et l'Union européenne expriment leur inquiétude quant à une application sélective selon eux de la justice dans cette ex-république soviétique. Mais la justice ukrainienne a annoncé jeudi une nouvelle enquête judiciaire contre Mme Timochenko, cette fois-ci pour abus de pouvoir lors de l'achat d'ambulances à un prix supérieur à celui du marché.
« L'intention du pouvoir est claire : ils veulent évincer Timochenko de la scène politique puisqu'ils la considèrent toujours comme l'ennemi numéro un », estime le politologue Mykhaïlo Pogrebinski, directeur de l'Institut de l'étude des conflits. La grande question que se posent les milieux politiques et la presse est de savoir si Mme Timochenko ira en prison, comme cela avait été le cas brièvement en 2001. « Je n'exclus pas qu'ils puissent aller jusque l'emprisonnement », dit Iouri Iakimenko, analyste politique du Centre Razoumkov des recherches économiques et politiques, qui estime que ce ne serait pas la meilleure politique de la part du pouvoir. Un diplomate occidental rappelle en effet que la précédente incarcération de Mme Timochenko « avait fait bondir sa popularité ».
Certaines sources estiment qu'une condamnation avec sursis empêcherait plus sûrement Mme Timochenko de participer aux élections législatives de 2012, sans qu'il soit nécessaire de l'envoyer en prison.
Pour l'instant, le parquet a rejeté la première demande de Mme Timochenko de lui autoriser une visite à Bruxelles en février, au motif que l'invitation envoyée par le Parti populaire européen (PPE) n'était pas traduite en ukrainien. « C'est de la pression psychologique. Le pouvoir lui montre qu'il peut faire avec elle tout ce qu'il veut », estime à ce propos M. Iakimenko.


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