Dans les années 1970, l'Afghanistan était l'un des principaux exportateurs mondiaux de fruits secs et de noix. L'invasion soviétique de 1979, puis l'intervention américaine contre les talibans en 2001, ont quasiment réduit cela à néant. Les Afghans tentent maintenant de regagner des parts de marché, avec 16 stands à la 76e Grüne Woche, présentant des fruits frais ou secs, des bijoux ornés de lapis-lazuli bleu éclatant ou encore des tissus de soie. Outre les grenades et les raisins, les Afghans espèrent bien appâter les 400 000 visiteurs attendus cette semaine avec des roses de couleur rose issues de l'horticulture biologique.
Lancé en 2004 par l'organisation non gouvernementale (ONG) allemande Welthungerhilfe (Lutte contre la faim dans le monde), ce projet a démarré avec l'envoi de graines venues de Bulgarie vers les montagnes orientales de Nangarhâr, dont certaines zones offrent un climat idéal pour cette culture : jours ensoleillés et nuits fraîches. Les pétales de ces roses, cueillis au petit matin, lorsqu'ils sont chargés d'un maximum d'arôme, servent principalement à produire de l'huile de rose, qui se négocie ensuite entre 4 000 et 5 000 euros le kilo. Il faut toutefois 3 500 à 4 000 kilos de pétales pour produire un kilo d'huile, et le projet, qui couvre actuellement plus de 100 hectares, permet de faire vivre 720 fermiers afghans et leurs familles, soit au total 4 000 à 5 000 personnes
En 2010, 30 kilos d'huile de rose ont été distillés sur place, avant d'être vendus à des client comme le groupe allemand WALA, propriétaire de la fameuse marque allemande de produits dermatologiques Dr. Hauschka. « Les produits bio se vendent cher. C'est bien pour nos fermiers, ils gagnent plutôt bien leur vie », se réjouit Mohamed Akbar Mohmand, 58 ans, directeur du projet.
Selon lui, les roses sont plus faciles à faire pousser que le pavot, devenu principal produit d'exportation de l'Afghanistan et première source de financement des talibans pendant les 10 années de leur insurrection.
Avec 85 % de sa population vivant de l'agriculture, l'Afghanistan est l'un des pays les plus pauvres du monde. Avec le pavot, l'Afghanistan produit 90 % de l'opium mondial, ensuite transformable en héroïne. « Dans deux des zones (du projet), les gens faisaient pousser du pavot (mais maintenant) les fermiers sont satisfaits et le disent à d'autres », explique M. Mohmand. « Les fermiers et les communautés locales sont contents. Pour le moment nous n'avons pas eu le moindre problème avec les talibans », poursuit-il.
En dépit de la taille relativement modeste du projet, Norbert Burger, 65 ans, de l'ONG Welthungerhilfe, insiste pour qu'on ne sous-estime pas son importance.
« L'huile de rose est une production de niche, avec 4 000 kilos produits annuellement, dont nous ne représentons que 30 kilos », reconnaît-il. Mais la paix ne naîtra pas de armes, argumente-t-il. « Quelque chose de complètement différent doit se passer, et peut-être que ces roses seront une toute petite contribution », glisse-t-il.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine