Il s'agissait de la première intervention publique de M. Mebazaa depuis qu'il assure l'intérim de la présidence, samedi, au lendemain de la fuite du président déchu en Arabie saoudite, après un mois de révolte populaire sans précédent. Le président s'est engagé à « satisfaire toutes les aspirations légitimes du soulèvement pour que se réalise cette révolution de la liberté et de la dignité ». Il a notamment promis une prochaine « amnistie générale », la « liberté totale d'information », « l'indépendance de la justice » et la « séparation entre l'État et le parti », en référence au Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de M. Ben Ali, symbole de corruption et de répression dont les manifestants exigent chaque jour depuis vendredi le bannissement de la vie politique.
À Tunis, des unités antiémeute de la police ont étroitement encadré une manifestation de quelque 2 000 personnes, dont des islamistes, dans le centre-ville, mais ne sont pas intervenus pour les disperser. Aucun incident ne s'est produit dans la capitale. « Nous voulons un nouveau Parlement, une nouvelle Constitution et une nouvelle République », ont scandé les manifestants. « RCD out », proclamait une banderole. « Peuple ! Révolte-toi contre les partisans de Ben Ali », ont crié les manifestants. Des manifestations identiques ont rassemblé des milliers de personnes en province, notamment à Sidi Bouzid, Regueb, Kasserine, et Thala. La « révolution du jasmin » a fait, selon le gouvernement, 78 tués et 94 blessés. Mais le haut-commissaire aux Droits de l'homme des Nations unies, Navi Pillay, a donné hier un bilan d'au moins 100 morts en cinq semaines.
Trois partis d'opposition non reconnus sous le régime de Ben Ali ont par ailleurs été légalisés durant les trois derniers jours. Le journaliste et opposant détenu Fahem Boukadous, condamné le 6 juillet à quatre ans de prison ferme, a aussi été libéré hier, selon son épouse. Dans le même temps, l'Arabie saoudite, où l'ancien dictateur a trouvé refuge, a interdit à M. Ben Ali toute activité politique liée à la situation en Tunisie. La justice tunisienne a par ailleurs ouvert une enquête judiciaire contre M. Ben Ali et sa famille pour des transactions financières « illégales ». Selon la télévision locale, 33 membres de la famille de M. Ben Ali ont été arrêtés. La Suisse, emboîtant le pas à la France, a décidé de bloquer les éventuels fonds en Suisse de l'ex-président et de sa famille.
Par ailleurs, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a estimé que les Tunisiens s'étaient soulevés contre leur président, « soutenu par l'Occident », pour « établir la loi islamique » dans leur pays.


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