Dans la nuit de mardi à mercredi, trois Casques bleus avaient été « légèrement blessés » dans une « embuscade » tendue par les forces pro-Gbagbo au quartier d'Abobo (Nord), avait accusé l'Onuci. Paris a condamné cet acte ainsi que « les appels à la haine contre l'Onuci relayés par certains médias ivoiriens, en particulier la radiotélévision ivoirienne ». Le président sortant Laurent Gbagbo, que l'ONU appelle à céder le pouvoir à son rival Alassane Ouattara qu'elle reconnaît comme vainqueur de l'élection de novembre, a exigé le départ de l'Onuci.
Selon des habitants, la nuit a été calme dans les quartiers d'Abobo et Anyama (Nord), où un couvre-feu nocturne a été instauré par M. Gbagbo de mercredi jusqu'à samedi matin après des affrontements sanglants en début de semaine. Des vendeuses de poissons et de légumes avaient réinstallé leurs étals là où la veille étaient postées des forces de l'ordre en armes. De nombreux habitants se pressaient devant les kiosques à journaux. La nuit « s'est relativement bien passée. On a dormi, on n'a pas entendu de crépitement de balles comme dans la nuit de mardi à mercredi », a déclaré sous couvert d'anonymat un réparateur de téléphone mobile. « On n'est pas tellement serein, on est dans une période très sensible », a toutefois confié ce jeune homme.
Les heurts entre des éléments armés non identifiés et des membres des Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles au chef d'État sortant ont fait au moins 11 morts, dont huit membres des forces de l'ordre. Le chef d'état-major des FDS a accusé mercredi soir le camp Ouattara d'être à l'origine des violences « assimilées à des actes de guerre » et averti que ses forces étaient prêtes à riposter. « Nous réfutons ces accusations. Ce sont bien les forces de l'ordre qui ont encore une fois cherché à provoquer la population paisible », a répliqué le porte-parole du gouvernement Ouattara, Patrick Achi. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lancé un « avertissement » au camp Gbagbo en cas de « nouvelle opération » des FDS.
À Genève, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a de son côté fait état de nouvelles allégations concernant l'existence d'un charnier dans le pays, après deux autres cas rapportés fin décembre, mais aucune de ces informations n'a pu être vérifiée par l'ONU sur place.
Ce regain de tension démontre la persistance de la crise dans laquelle la Côte d'Ivoire est plongée depuis l'élection, une crise qui a fait environ 200 morts, selon l'ONU. Le Premier ministre kényan Raila Odinga, envoyé par l'Union africaine, doit tenter ce week-end à Abidjan une nouvelle médiation pour une issue pacifique. M. Gbagbo est sous la menace d'une opération militaire, en préparation au niveau de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), s'il ne cède pas le pouvoir à M. Ouattara.


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