Les résidents du quartier d’Abobo à Abidjan attroupés autour du cadavre d’une victime des violences d’hier. Issouf Sanogo/AFP
Les Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales à M. Gbagbo, avaient investi le quartier en nombre à bord de pick-up et de véhicules de transport blindés, et ont longuement échangé des tirs avec des habitants, ont rapporté des témoins. Les forces de l'ordre sont venues « fouiller » des maisons, affirmant y « chercher des armes », ont raconté plusieurs habitants. Devant une foule de jeunes en colère qui avaient érigé des barricades à son approche, une patrouille de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) qui se dirigeait vers la zone, a dû faire demi-tour. Charles Blé Goudé, chef des « jeunes patriotes » pro-Gbagbo, qui devait tenir dans l'après-midi un meeting dans le même quartier, l'a finalement reporté, « pour permettre le bon déroulement de l'opération militaire ».
La crise postélectorale a fait environ 200 morts depuis la mi-décembre, selon l'ONU.
La communauté internationale, Nations unies en tête, appelle le président sortant Laurent Gbagbo à céder le pouvoir à Alassane Ouattara, qu'elle considère comme le chef d'État légitime. Les médiations africaines, comme celle de l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo le week-end dernier, n'ont pas permis de lever le blocage. M. Gbagbo est sous la menace d'une opération militaire, actuellement en préparation au niveau de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), s'il ne quitte pas le palais présidentiel. Après une première visite infructueuse la semaine dernière avec trois chefs d'État mandatés par la Cédéao, le médiateur de l'Union africaine, Raila Odinga, doit se rendre en Côte d'Ivoire « jeudi ou vendredi », selon son porte-parole. Mais sa marge de manœuvre semblait toujours aussi étroite, chacun des deux rivaux s'estimant seul président légitime.
Le camp Ouattara a proposé aux partisans de M. Gbagbo de former un « large gouvernement d'union » si leur champion accepte de se retirer. Mais en faisant cette offre, l'ambassadeur pro-Ouattara reconnu à l'ONU, Youssoufou Bamba, a précisé que M. Ouattara devait auparavant « être reconnu comme président ». La « victoire » de M. Gbagbo est « non négociable », a répliqué le président de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), Pascal Affi N'Guessan. Il s'est dit « prêt à examiner » les seules solutions qui découleraient de ce « point de départ ».
Alors que la crise politique s'enlise, la crainte de violences pousse toujours des Ivoiriens hors de leur pays. Environ 600 d'entre eux fuient chaque jour au Liberia, a indiqué l'ONU, enregistrant un total de 25 000 réfugiés ivoiriens. Pour faire face à cet afflux, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés travaille à la mise en place d'un camp d'accueil dans l'est du Liberia, à Bahn près de Saclepea (comté de Nimbaun) ayant une capacité d'accueil de 18 000 personnes. Il permettra de relâcher la pression sur les populations locales qui ont accueilli nombre de ces réfugiés.


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