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Liban - La Situation

Un goût amer de déjà-vu...

Le métropolite de Beyrouth, Mgr Audi, en compagnie, hier, de l’ambassadeur iranien. Photo Dalati et Nohra

Déjà-vu, déjà-entendu. L'année 2010 s'achève ainsi comme elle a commencé, sur le ton de la polémique, des rumeurs, accusations, contre-accusations ; sur cette lutte sournoise et acharnée entre l'info et l'intox. Pour des jours de fête, ce n'est pas particulièrement joyeux. Puisque c'est, surtout, nauséeux.
Le seul vrai développement de ces derniers jours aura sans doute été la nomination d'un nouvel ambassadeur US à Damas, après plus de cinq ans de vacance diplomatique américaine en Syrie. Un geste bien accueilli, du reste, par le 14 Mars, même s'il reste encore difficile, à l'heure actuelle, d'en évaluer la signification exacte, et qu'est-ce que cela traduit réellement comme changement dans la relation syro-américaine, notamment au niveau du dossier régional et des rapports avec Téhéran, plus particulièrement en ce qui concerne le dossier libanais. C'est sans doute une décision du président des États-Unis, Barack Obama, qui ne s'inscrit guère dans le contexte de 2010, mais qui anticipe sur l'année 2011, quelques semaines à peine avant la publication de l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban. Cette initiative US pourrait bien jeter le désarroi sur le Hezbollah, par exemple, puisque la décision de nommer Robert Ford à Damas repose probablement sur une plate-forme ou un dialogue quelconque avec Washington. Mais reste à savoir sur quoi et dans quel sens ; une réponse qui ne sera élucidée qu'au gré des développements des prochains mois.
Si Obama a donc anticipé sur les développements de 2011, il reste que le microcosme politique libanais est resté empêtré dans les mêmes querelles stériles qui ont prévalu durant 2010. Pour finir l'année en beauté, voici donc, à la lumière de la toute récente « actualité » d'hier, la polémique de clôture sur l'initiative saoudo-syrienne.
Cette dernière est en effet plus que jamais au cœur du discours politique. Mais, comme une sculpture d'art moderne hybride, étrange et asymétrique, chaque camp l'interprète à sa manière et lui prête ce qu'il considère être des « vertus » ; vertus qu'elle est jusqu'à présent - en apparence en tout cas - loin de posséder. Pour le 8 Mars, ça y est, le miracle de la nouvelle année a déjà été accompli : Syriens et Saoudiens se sont déjà entendus sur l'abolition du tribunal international. Pour le 14 Mars, en revanche, le 8 Mars se berce d'illusions, et un accord entre Damas et Riyad ne viserait qu'à empêcher une déstabilisation dans le pays au moment de la parution de l'acte d'accusation.
L'ancien ministre Mohammad Chatah a ainsi infirmé hier les informations rapportées par les médias du 8 Mars durant les dernières 48 h concernant un deal syro-saoudien dont le Premier ministre Saad Hariri aurait été mis au courant durant sa dernière réunion avec le roi Abdallah à New York. « La réunion n'a pas été tenue pour informer le président Hariri d'un accord entre l'Arabie et un autre pays, ni pour faire pression sur le Premier ministre pour qu'il accepte quoi que ce soit , a-t-il dit. Certains parlent d'un développement au niveau de l'initiative et le placent à une étape très avancée, et d'autres, malheureusement, le placent dans un contexte de soumission du Premier ministre aux revendications de l'autre partie. S'il est question d'un deal, fictif ou pas, pour pousser le président Hariri à rejeter le TSL, cela n'est pas une avancée. Ce n'est d'ailleurs pas ce qui se produit actuellement et nul n'a fait pression sur le président Hariri dans ce sens. Le développement auquel nous aspirons et que nous espérons, ce sont des efforts et des démarches de la part de toutes les parties pour assurer plusieurs choses lors de, et après, la publication de l'acte d'accusation », a indiqué M. Chatah dans un entretien à La Voix du Liban 93.3 FM. « Ces choses sont les suivantes : assurer le maintien de la stabilité, de la coexistence et de la concorde entre les communautés libanaises ; normaliser les rapports entre les parties politiques ; garantir la continuité de l'action des institutions étatiques et permettre aux relations libano-syriennes de progresser et non de régresser ».
Pour Mohammad Chatah, il n'est donc pas question d'abolition du TSL et l'Arabie est autant attachée à la justice qu'à la stabilité du Liban. Une opinion partagée hier par le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, le député du Courant du futur (CdF) Jamal Jarrah, l'ancien député du CdF Moustapha Allouche et les députés des Forces libanaises Farid Habib et Antoine Zahra.
Il reste que côté 8 Mars, on tient mordicus à la version selon laquelle la « solution globale » en gestation va tout faire rentrer dans l'ordre très bientôt - c'est-à-dire pousser Saad Hariri à renoncer au TSL et en finir avec cette « hérésie » de justice internationale. C'est en tout cas le point de vue du député du Hezbollah Ali Fayad, exprimé à la Voix de la liberté et de la dignité. Selon lui, le « 14 Mars tremble d'effroi devant une solution saoudo-syrienne », alors que le 8 Mars « sait qu'il existe une possibilité que cette initiative atteigne des objectifs positifs ». « Minimiser cette initiative ôte aux leaders du 14 Mars le bénéfice d'une participation quelconque à une solution potentielle et prouve qu'elle leur sera imposée par l'Arabie saoudite », a noté M. Fayad, pour qui « la solution dépasse la question de l'acte d'accusation et englobe d'autres questions ». « Attendons le retour du Premier ministre Saad Hariri pour voir comment cela va se répercuter sur le discours du 14 Mars », a-t-il ajouté.
Mais le quotidien syrien al-Watan et l'ambassadeur d'Iran ont trouvé hier la parade pour donner le change au 8 Mars et le soutenir dans sa théorie, à l'aide d'une petite phrase sombre et énigmatique, mais qui possède néanmoins la vertu d'autoriser toutes les analyses et tous les délires : « Nul ne sait ce qui se trame réellement entre Damas et Riyad. » Donc il est permis d'espérer. Et surtout, de gloser, en attendant.
Ainsi, Ghadanfar Rokon Ebadi, qui a visité hier le métropolite de Beyrouth, Mgr Élias Audi, à l'occasion des fêtes, a-t-il apporté son soutien à l'initiative saoudo-syrienne, de même qu'il a commenté les théories publiées par le quotidien as-Safir en ces termes : « Nul ne connaît les détails de cette initiative - mais l'important, c'est qu'elle jouera un rôle positif dans le dépassement de l'étape actuelle au Liban. » De son côté, le quotidien al-Watan estime qu'il y a deux camps au Liban qui scrutent l'initiative saoudo-syrienne : le 8 Mars, « le camp optimiste », et le 14 Mars, « le camp pessimiste ». Le quotidien al-Watan omet cependant de constater - pour des raisons évidentes - que, s'agissant du TSL, le 8 Mars panique depuis belle lurette, et le 14 Mars, lui, fait de la résistance passive à cet état de panique. Selon le quotidien syrien, qui cite des « observateurs », aucune des deux parties « ne possède donc la vérité totale sur les efforts déployés ». « Seules trois personnes savent vraiment ce qui se produit », ajoute le quotidien syrien. Il s'agit, dit-il, du président syrien Bachar el-Assad, du roi Abdallah et du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Mais, pour finir vraiment l'année à l'image de ce qu'elle a été, il paraît nécessaire de réserver une place d'honneur à l'attaque continuellement menée par le Courant patriotique libre contre le président de la République, Michel Sleiman. Hier, c'est le député de Jezzine, Ziad Assouad, qui a repris le flambeau, en niant au chef de l'État sa position consensuelle.
M. Assouad a en effet qualifié les propos du président sur le vote en Conseil des ministres « d'arbitraires, de sélectifs, et de tentative de justifier le fait de n'avoir pas pris de position claire concernant le dossier épineux et très dangereux des faux témoins ». « Le chef de l'État a porté atteinte par ses propos aux principes légaux et constitutionnels, et plus précisément à l'article 65 de la Constitution », a-t-il dit. Et M. Assouad d'ajouter, dans un entretien à Now Lebanon : « Le président Sleiman, que nous appelons à préserver la Constitution et le discours d'investiture, possède des liens préalables avec les loyalistes qui prouvent qu'il n'est pas consensuel. Il a fait exprès de jeter la balle dans notre camp concernant les faux témoins. (...) Il s'ingère à tous les niveaux pour mettre des bâtons dans les roues du CPL, ce qui ne fait pas partie de ses prérogatives. La République libanaise n'appartient pas au président Michel Sleiman, mais au peuple libanais. »
Le mot de la fin (de l'année) au député du CPL Hikmat Dib, pour exprimer une vérité bien aouniste, immuable : « Le public chrétien sait que les Américains ont leurs objectifs dans la région et qu'il n'en profitera pas, mais en a payé le prix. Par conséquent, cela a prouvé la justesse des options suivies par le général Aoun. »
En deux mots, en 2010 comme jusqu'à la fin des temps : Aoun a toujours raison.
Bonne année 2011.

Déjà-vu, déjà-entendu. L'année 2010 s'achève ainsi comme elle a commencé, sur le ton de la polémique, des rumeurs, accusations, contre-accusations ; sur cette lutte sournoise et acharnée entre l'info et l'intox. Pour des jours de fête, ce n'est pas particulièrement joyeux. Puisque c'est, surtout, nauséeux.Le seul vrai développement de ces derniers jours aura sans doute été la nomination d'un nouvel ambassadeur US à Damas, après plus de cinq ans de vacance diplomatique américaine en Syrie. Un geste bien accueilli, du reste, par le 14 Mars, même s'il reste encore difficile, à l'heure actuelle, d'en évaluer la signification exacte, et qu'est-ce que cela traduit réellement comme changement dans la relation syro-américaine, notamment au niveau du dossier régional et des rapports avec Téhéran, plus particulièrement...
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