Des Ivoiriens priant lors de la messe de Noël, à Abidjan. Sia Kambou/AFP
La menace du camp Gbagbo est à peine voilée : intervenez militairement et vous verrez les Ivoiriens se mobiliser pour s'en prendre à tous les étrangers et à leurs biens des pays voisins installés sur leur sol. Les dirigeants ouest-africains « savent que s'ils attaquent la Côte d'Ivoire de l'extérieur, ça va se transformer en guerre civile à l'intérieur », a prévenu Don Mello, affirmant ne pas « du tout » croire à l'hypothèse de l'intervention militaire.
Une mission de la Cedeao dirigée par trois chefs d'État - Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Leone) et Pedro Pires (Cap Vert) - est attendue mardi à Abidjan. Trois hommes au profil acceptable par Laurent Gbagbo, contrairement à d'autres comme Abdoulaye Wade (Sénégal) ou Goodluck Jonathan (Nigeria), très en pointe pour le fustiger et soutenir son adversaire. Ils présenteront et expliciteront à Gbagbo « le message » de la Cedeao, en privilégiant « une sortie de crise par le dialogue », selon Jean-Marie Ehouzou, ministre béninois des Affaires étrangères. Ils vont « lui faire comprendre et essayer d'obtenir de lui de partir du pouvoir sans attendre », a-t-il ajouté.
Le refus plus que probable de Laurent Gbagbo de s'en aller tranquillement pour laisser la place à Alassane Ouattara ne pourra que radicaliser les positions de chacun, avec le risque d'une explosion de violences pires encore que celles dénoncées par l'ONU qui a parlé de 173 morts du 16 au 21 décembre.
Selon l'ONU, ces violences ont essentiellement pour origine un usage « excessif » de la force par les éléments armés restés loyaux à Gbagbo contre ses opposants ou supposés tels. Les chiffres de l'ONU ont été contestés samedi par le ministre de l'Intérieur de Gbagbo, Émile Guiriéoulou, selon lequel les violences ont fait 25 morts, dont 14 parmi les forces de l'ordre.
Par ailleurs, les violences ont poussé environ 14 000 Ivoiriens à fuir vers le Liberia voisin, depuis près d'un mois, et certains ont été empêchés par des groupes armés de traverser la frontière, a annoncé le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) samedi. Face à cet afflux de réfugiés, l'agence onusienne a averti qu'elle risquait d'être à court de nourriture.
Presque seul contre tous, Laurent Gbagbo, soumis avec ses proches à des sanctions internationales, peut encore compter à l'extérieur sur le soutien de son fidèle allié angolais. Ce dernier a démenti hier la présence de ses soldats en Côte d'Ivoire et dénoncé l'attitude de la communauté internationale qui va conduire « inévitablement » à la guerre.
À l'intérieur, l'un des plus fidèles reste son ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, leader des « jeunes patriotes » qui mobilise ses militants en vue d'un immense rassemblement mercredi à Abidjan pour la défense de « la dignité et de la souveraineté » de son pays.


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