« L'Amérique a perdu ce soir l'un de ses défenseurs les plus farouches et l'un de ses serviteurs les plus dévoués », selon la secrétaire d'État Hillary Clinton. « Les progrès que nous avons accomplis en Afghanistan et au Pakistan sont dus pour une bonne part aux efforts sans relâche de Richard en faveur de l'intérêt national de l'Amérique, et sa recherche de la paix et de la sécurité », a déclaré Barack Obama. Il représentait depuis janvier 2009 le président américain en Afghanistan et au Pakistan, où les États-Unis sont depuis 2001 engagés dans une guerre contre les talibans. Le « Pakistan a perdu un ami », a déclaré son président, Asif Ali Zardari. Son décès est « une perte pour le peuple américain », a estimé de son côté le président afghan Hamid Karzaï.
Des hommages ont été rendus dans les Balkans à Richard Holbrooke, architecte de l'accord de paix de Dayton et envoyé des États-Unis dans les Balkans lors du conflit au Kosovo de 1998-1999. Pristina a perdu « un ami et la voix défendant les intérêts de la République du Kosovo », a déclaré le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi, un ancien dirigeant de la guérilla albanaise. L'ancien ministre croate des Affaires étrangères Mate Granic, qui a participé aux pourparlers de Dayton, a estimé pour sa part que Richard Holbrooke « était l'un des plus grands diplomates des vingt dernières années ». « Il a restauré l'espoir pour d'innombrables personnes dans le monde », a déclaré pour sa part l'ancien président Bill Clinton.
Sa carrière de diplomate avait commencé au Vietnam il y a près de 50 ans. En 1995, Bill Clinton le nomme secrétaire d'État adjoint chargé de l'Europe, casquette sous laquelle il sera l'artisan des accords qui mirent fin à la guerre de Bosnie (1992-1995). Son rôle a permis de sauver « des dizaines de milliers de vies » dans ce conflit, a assuré John Kerry, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat.
Pour négocier ce qui est, aujourd'hui encore, considéré comme l'un des plus grands succès de la diplomatie américaine, Richard Holbrooke entreprendra plusieurs voyages en ex-Yougoslavie. Il n'hésite pas à parler durement à Slobodan Milosevic. « C'était le diplomate par excellence, capable d'affronter les dictateurs et de se dresser pour les intérêts de l'Amérique dans les circonstances les plus difficiles », selon Hillary Clinton.
Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, lui a rendu hommage, parlant de sa « légendaire détermination ». La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a salué la mémoire de Richard Holbrooke, décédé lundi, comme un « champion de la paix et de la réconciliation », alors que le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a évoqué l'un des « meilleurs et des plus brillants » diplomates de sa génération.
Grand et altier, le regard vif, les gestes amples, le verbe haut et précis, Richard Holbrooke était taillé pour la part de comédie allant avec son métier. Loin de l'image compassée de ses pairs diplomates, il misait tour à tour sur le charme et les colères plus ou moins feintes.
Affronter ses interlocuteurs pour les faire plier avait été sa méthode en ex-Yougoslavie. Avec le président afghan, Richard Holbrooke a eu au moins une dispute très vive en 2009, largement rapportée dans les médias malgré les démentis.
Cette dernière étape de sa carrière aura peut-être été la plus dure. Richard Holbrooke portait le versant civil de l'effort que l'Amérique mène depuis près de dix ans dans un pays notoirement difficile, où les succès sont rares et les perspectives à long terme très incertaines. « Il faut arrêter cette guerre en Afghanistan », a-t-il dit peu avant d'entrer dans la salle d'opérations, selon le Washington Post.


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