Les choses se sont précipitées et les médecins ont convoqué la famille. « On me cachait des informations, bien que j'étais au courant de ma maladie. D'ailleurs, j'étais celle qui a découvert la masse en premier », poursuit Taghrid, qui assure qu'elle s'était décidé à affronter son cancer avec pragmatisme. « Je suis de ceux qui font face à la situation dans laquelle ils se retrouvent, aussi difficile soit-elle, confie-t-elle. Je ne suis pas habituée à me cacher. Et c'est dans cet esprit que j'ai affronté ma maladie, d'autant que j'avais des responsabilités envers ma famille et mes enfants. Je devais les ménager et il n'était pas question que je me recroqueville dans mon coin, à me plaindre. Tout le monde tombe malade. Je ne suis ni la première ni la dernière femme sur terre à avoir un cancer. »
Le traitement a duré un an, durant lequel Taghrid a effectué « six séances de chimiothérapie au lieu de huit, en plus de plusieurs sessions de radiothérapie ». « Ma famille m'a soutenue durant toute cette période, poursuit-elle. Mais parfois j'étais celle qui leur remontait le moral. » Quel message adresse-t-elle aux autres femmes ? « De ne pas se laisser aller, d'être à l'écoute de leurs corps et si, à Dieu ne plaise, elles sont diagnostiquées avec une tumeur au sein, de faire face à la situation et d'affronter la maladie avec courage. »
La tumeur la plus fréquente
Taghrid est l'une des quelque 1 730 femmes diagnostiquées chaque année au Liban avec une tumeur au sein, selon les chiffres de 2007 du registre national du cancer. « La tumeur au sein est la plus fréquente chez les femmes dans le monde, explique le Dr Nagi el-Saghir, professeur en médecine clinique, oncologue et hématologue. Au Liban, cette tumeur constitue 42 % de tous les cas de cancers chez la femme. Près de la moitié des cas sont détectés chez des femmes âgées de moins de 50 ans. Cette pathologie constitue aussi la deuxième cause de mortalité due au cancer chez la femme, après le cancer des poumons. Depuis 1990, le taux de mortalité due à cette forme de cancer a toutefois baissé, en raison notamment de la détection précoce de la tumeur dans le cadre de programmes de dépistage et de l'amélioration des traitements qui sont de plus en plus ciblés. »
Au Liban, malheureusement, de nombreux cancers continuent à être détectés à un stade avancé, malgré les campagnes de sensibilisation qui sont menées depuis neuf ans déjà durant le mois d'octobre. La campagne 2010 se poursuivra jusqu'à la fin du mois courant dans tous les centres agréés. Une liste est disponible à l'adresse Web suivante : www.roche-arabia.com/BCAC
De plus amples informations sont également disponibles au numéro vert : 01/511722.
Des traitements ciblés
Pourquoi ce retard dans le diagnostic ? « Les raisons sont plutôt culturelles, répond le Dr Saghir. Chez la femme, elles sont liées à la peur d'être abandonnée par son mari ou de mourir, le cancer étant toujours associé à la mort. Elles sont aussi dues à la honte, aux normes sociales imposées aux femmes dans certains milieux, au manque de sensibilisation, au non accès au traitement dans certaines régions et parfois au retard dans le diagnostic médical, notamment lorsque la patiente est jeune. »
Au cours de la dernière décennie, de nombreuses avancées ont été notées dans la compréhension de la nature de la tumeur au sein. Aujourd'hui, les spécialistes ne parlent plus d'un, mais de plusieurs formes de cancers de sein, « ce qui permet de recourir à des traitements plus ciblés », explique le Dr Saghir. Assurant que toutes les masses senties dans le sein ne sont pas cancéreuses, l'oncologue rappelle aux femmes l'importance de l'auto-examen mensuel, à partir de l'âge 20 ans, et de la mammographie annuelle à partir de l'âge de 40 ans. En cas d'histoire familiale, celle-ci doit se faire dix ans plus tôt que l'âge auquel la tumeur a été détectée chez un parent. Le Dr Saghir appelle enfin les femmes à ne pas se laisser aller et à consulter leur médecin au moindre doute, d'autant qu'une tumeur détectée à un stade précoce est guérissable dans 90 % des cas.

