L’ex-Premier ministre Alassane Ouattara, le jour de l’élection présidentielle du 28 novembre. À 68 ans, ce technocrate aux manières policées suscite depuis longtemps passions et haines. Issouf Sanogo/AFP
Dans l'après-midi, le président de la CEI Youssouf Bakayoko avait annoncé ces résultats provisoires à l'improviste devant une poignée de journalistes dans l'hôtel où était installé le QG de campagne de M. Ouattara. Cette proclamation était un coup de théâtre car jusqu'à mercredi à minuit (00h00 locales et GMT), à l'expiration du délai légal pour l'annonce des résultats provisoires, les blocages des derniers jours au sein de la CEI n'avaient pas permis de sortir les Ivoiriens de l'incertitude.
Mais juste après cette annonce, à la fin d'une journée de confusion, le président du Conseil constitutionnel, Paul Yaoundré, un proche de Laurent Gbagbo, a annoncé sur la télévision publique que ces résultats provisoires n'étaient pas valables. « La CEI a épuisé son délai pour donner des résultats provisoires » et n'est donc « plus à même de décider quoi que ce soit », a-t-il déclaré. Le Conseil constitutionnel doit désormais statuer sur les requêtes pour « donner les résultats définitifs du second tour » dans « les heures qui suivent », a-t-il insisté.
Le camp du président Gbagbo - au pouvoir depuis dix ans - a saisi le conseil pour faire annuler des votes « frauduleux » dans le Nord sous contrôle ex-rebelle depuis 2002. Le Conseil constitutionnel est seul habilité à proclamer les résultats définitifs, dans un délai de sept jours.
Exclu du scrutin de 2000 pour « nationalité douteuse » et symbole des tourments identitaires de ce pays de forte immigration, Alassane Ouattara, 68 ans, aura, si son élection est définitivement confirmée, pour tâche de relever et réunifier la Côte d'Ivoire, politiquement et économiquement.
Naguère modèle de stabilité en Afrique de l'Ouest, le pays est plongé depuis le coup d'État de 1999 dans une crise qui s'est aggravée avec le putsch raté de 2002 et la partition du territoire en un Sud loyaliste et un Nord aux mains de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN).
Dans sa première déclaration après les résultats, Alassane Ouattara a exhorté à la « paix » et promis de former « un gouvernement d'union » rassemblant les « différentes forces politiques ».
L'annonce de sa victoire intervient après deux semaines de forte tension, et quelques heures après une attaque nocturne qui a fait huit morts à son QG du quartier populaire de Yopougon selon des témoins, une source policière et un responsable local de son parti. L'armée a reconnu avoir tué quatre personnes en « riposte » à des tirs et fait état de « 14 blessés », appelant au respect du couvre-feu nocturne en vigueur depuis la veille du scrutin et prorogé jusqu'à dimanche.
En fin de soirée, l'armée a annoncé à la télévision publique que « les frontières terrestres, aériennes et maritimes du pays sont fermées à toute circulation de personnes et de biens à compter de ce jeudi » à 20h00 (locales et GMT) « et ce jusqu'à nouvel ordre » .
La communauté internationale a mis la pression maximum pour éviter tout débordement violent. L'Union africaine, l'Union européenne, la France et l'ONU ont tour à tour appelé les deux candidats à respecter le verdict des urnes. D'une façon très ferme, le Conseil de sécurité de l'ONU a menacé hier de « prendre les mesures appropriées » contre ceux qui entravent le processus électoral. Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a également averti qu'il « surveillait » la situation en Côte d'Ivoire.


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