Jamais l’Internet mondial n’aura autant mérité son qualificatif de « toile ».
Si en 1995 on ne comptabilisait que 16 millions d'internautes dans le monde (soit 0,4% de la population), ce chiffre a atteint quelque 2 milliards en 2010, soit plus du quart de la population mondiale.
Le trafic explose aussi avec l'échange croissant de vidéos, très lourdes pour la bande passante. Et pour pimenter le tout, les réseaux mobiles, qui jusqu'à présent transportaient voix et texte, doivent à présent gérer des flux d'images et de vidéos émanant des smartphones.
«À l'heure actuelle, il y a beaucoup d'affolement», estime Vincent Bonneau, expert Internet à l'Idate, pour qui «on n'en est pas encore à une saturation du réseau, même s'il y a des moments où ça coince».
Il reconnaît toutefois «une tendance qui n'a pas l'air de se démentir: si on continue de faire du +100% sur la vidéo tous les ans, ça va finir par faire mal, surtout quand on voit arriver sur le marché le téléviseur connecté».
Directeur général de la plate-forme vidéo française Dailymotion, Martin Rogard évoque lui aussi «un discours alarmiste de la part des opérateurs qui voient passer (sur leurs propres réseaux) des produits à valeur ajoutée sans pouvoir en tirer profit». «Il peut y avoir de la congestion, mais jamais de blocage»,
affirme-t-il.
Dailymotion, qui diffuse plus d'un milliard de vidéos par an, a choisi de mettre en place un «système maison crucial» pour réorienter le trafic vers différents fournisseurs «en cas de gros pic lié au "buzz" d'une vidéo dans un pays par exemple».
Mais pour l'équipementier télécom et informatique Cisco, il y a clairement «besoin de nouvelles infrastructures pour supporter le trafic: en 2014, la vidéo représentera 56% du flux», insiste Marc Latouche, directeur du développement Internet du groupe.
Faut-il moderniser le réseau et qui doit payer? Pour les opérateurs, c'est aux fournisseurs de contenus - Google, YouTube, DailyMotion ou Facebook - de mettre la main au portefeuille car ils contribuent à la congestion.
Ces derniers leur renvoient la balle, en arguant que la manne des abonnements Internet va dans leur seule poche et qu'il leur appartient donc de payer pour faire évoluer les infrastructures.
«Si techniquement pour l'instant ça marche, il y a urgence à réfléchir au modèle. En aval, le problème est simple: le forfait payé par exemple par les internautes français est fixe pour un trafic pourtant illimité. Un paiement au volume consommé ne serait pas totalement illogique», estime Vincent Bonneau.
La consommation moyenne d'un internaute a quasi décuplé en deux ans, de 46 kilobits/seconde en 2008 à 450 en 2010, pointe Julien Coulon, cofondateur de Cedexis, sorte d'«aiguilleur du Net» qui réoriente les demandes de recherche vers les meilleurs prestataires en fonction du trafic en temps réel.
Pour les experts, le risque - si la situation n'évolue pas - est de voir apparaître à terme un Internet à deux vitesses: un service de «base» et des
services premium pour ceux qui paieraient plus.
«Après tout, à La Poste on a bien un service express (plus cher), ce qui n'empêche pas qu'il y ait aussi des directives de service universel», résume Vincent Bonneau.

