Qu'a fait au juste le gouvernement libanais depuis, tant sur le plan interne qu'international, pour alléger la misère de ces « slums » à l'indienne, dans un pays qui prétend venir des Phéniciens, pays des cèdres éternels, patrie de Maxime de Tyr, de Porphyre, d'Euclide, d'Antonios Mousa, de Qousta ibn Louca pour arriver à ces « pères de la renaissance de la langue arabe et sa littérature, et la sauver de l'osmanisation », comme Khalil Gebran, Mikhaël Nouaymeh, les frères Boustany, Amine el-Rihani, Élia Abou Madi, pour ne citer que les noms d'un infime nombre. Absolument rien.
En 1973, rentrant des obsèques d'un ami musulman, des Palestiniens armés de Kalachnikov encerclent ma voiture au rond-point Cola et leur chef me demande ma carte d'identité. Pour mon bonheur, il ne savait pas lire (je suis chrétien maronite). Après avoir examiné d'un œil curieux ma carte d'identité, il me demande si je suis musulman. Je lui répond : « Wal hamdou lil'lah », ce qui me vaut d'être relâché. La même tragédie se renouvelle plus tard à Mkallès, quand des Palestiniens du camp de Tell Zaatar m'arrêtent et me demandent ma carte d'identité.
Et cela dans ma propre patrie !
Il y eut après cela les Syriens, suivis par les soldats de l'armée israélienne.
Aujourd'hui, vingt-six ans plus tard, le Liban est toujours une mazra'at, géré par le même système italien du « nipotismo » et il le restera, si Dieu lui prête vie.
Nous avons maintenant les pénuries d'eau potable (en 1960, l'hôtel Phoenicia consommait à lui seul plus d'eau que l'entière ville de Beyrouth, en 1936) et de l'énergie électrique dont souffre le Liban depuis des décennies, et surtout durant les saisons d'estivage. Et le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques, l'ingénieur Gebran Bassil, en est encore à se donner le temps d'étudier des solutions pour résoudre ces deux problèmes dont souffrent les Libanais depuis plus de cinquante ans. Comme dit le proverbe libanais « Attends cheval que l'herbe croisse » et en italien « Aspetta cavalo ché erba cresce ».
Et ce même Monsieur Bassil, suite à la visite récente du Premier ministre Saad Hariri à Chypre - où, paraît-il, il fut émerveillé par l'essor des énergies alternatives, éolienne et photovoltaïque, comme les chauffe-eau solaires, décida d'envoyer deux ingénieurs pour copier (...) les travaux réalisés à Chypre. Une tragédie à pleurer...
Quand je pense que plus de 40 ingénieurs libanais de très haut niveau, entre centraliens et polytechniciens, vivent en France, que M. Carlos Ghosn, le PDG de la multinationale Renault, est un libanais, qu'un Marwan Lahoud est membre du directoire du groupe d'aviation EADS Airbus est, lui aussi, un libanais... Et notre ministre va à Chypre pour apprendre les technologies des énergies alternatives solaires et éoliennes installées à Chypre.
La municipalité de la capitale ? Il suffit de contempler le lit du fleuve de Beyrouth qui depuis le début de la guerre civile est devenu un dépotoir - il l'est encore - et un parking pour les camions de toutes les couleurs. Et le Liban, aujourd'hui déchiqueté par mille parties, cherche secours entre Paris, Damas et Riyad.
Moi, pauvre Libanais, à 74 ans, à deux pas de la fosse ou du crématoire, je passe des heures, tous les jours, sur l'Internet pour m'informer de mon Liban que j'adore et que je vénère comme un Dieu, et je pleure. Triste, triste et mille fois triste. Où va notre Liban ?

