Le principal opposant au président Hamid Karzaï, l'ex-ministre Abdullah Abdullah, qui avait été le dauphin de M. Karzaï lors de l'élection présidentielle de 2009, a notamment dénoncé une instrumentalisation de la justice par le camp présidentiel. La veille, le procureur général afghan, Mohammad Ishaq Alko, avait annoncé l'ouverture d'une enquête criminelle sur les fraudes lors du scrutin, et convoqué quatre responsables de la Commission électorale indépendante (CEI) et de la Commission électorale des plainte (ECC), qui ont validé les résultats.
« Si ces accusations, pour la plupart desquelles nous avons des preuves, sont avérées, la légitimité de ces élections va être sérieusement entamée », avait déclaré l'adjoint de M. Alko, le procureur Rahmatullah Nazari, disant disposer de preuves solides contre plusieurs responsables incriminés.
M. Alko, considéré comme proche de M. Karzaï, avait également critiqué la CEI pour avoir proclamé mercredi les résultats définitifs de manière « prématurée ». « Le procureur général a prouvé depuis un mois qu'il n'est pas indépendant et qu'il roule pour le palais présidentiel », a réagi hier Abdullah Abdullah. « Le gouvernement voulait faire annuler l'élection. Mais il a échoué, et il utilise maintenant le parquet pour faire pression sur les commissions électorales » et changer les résultats, a-t-il dénoncé. Quant au président Karzaï, qui a appelé jeudi les candidats battus mécontents du résultat à porter plainte, « il fait juste semblant de défendre les droits de ces candidats », estime M. Abdullah.
M. Abdullah a affirmé cette semaine que ses partisans avaient remporté plus de 90 sièges, soit plus d'un tiers des 249 sièges à pourvoir à l'Assemblée nationale (Wolesi Jirga). Les candidats pachtounes, alliés traditionnels du président Karzaï, en auraient remporté 88. Le président Karzaï est lui même issu de cette communauté, la plus importante du pays.
Le porte-parole et commissaire de l'ECC, Ahmad Zia Rafat, qui fait partie des quatre hauts responsables électoraux convoqués par le parquet, a lui aussi dénoncé les pressions exercées par la justice et des proches du gouvernement pour empêcher la disqualification de candidats accusés de fraudes.
La CEI et l'ECC ont invalidé un quart des suffrages exprimés et disqualifié 24 candidats déclarés vainqueurs par les résultats préliminaires.
« Nous avons disqualifié tous les candidats impliqués dans des fraudes, dont certains hommes forts » et « des lobbys qui ne sont pas contents », a estimé M. Rafat.
Le procureur Nazari a précisé hier à l'AFP que neuf personnes avaient jusqu'ici été arrêtées dans le cadre de l'enquête, dont trois entrepreneurs liés selon lui aux observateurs électoraux déployés par l'ONU le jour du scrutin. Et un mandat d'arrêt a été délivré à l'encontre d'un responsable électoral afghano-allemand de la mission de l'ONU à Kaboul, a-t-il ajouté.
De nombreux candidats ont manifesté à travers le pays ces dernières semaines pour dénoncer ces résultats, endossés par l'ONU et l'ambassade américaine. Ce scrutin législatif était le second depuis qu'une coalition internationale emmenée par les États-Unis a chassé les talibans du pouvoir et installé M. Karzaï au pouvoir à la fin 2001.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine