L’eau visqueuse et noire qui remplit le bassin n° 1 de l’installation du champ pétrolifère d’Unité, à 28 km au nord de Bentiu, la capitale de cette région pétrolière du Sud-Soudan. Roberto Schmidt/AFP
Costume sombre et cravate impeccable tout au long des deux jours de cette tournée particulière, le ministre, flanqué de quatre gardes du corps armés, a inspecté trois installations (« Unity Oil Field », « Al-Nar » et « Toma South »), ainsi que le site de forage d'un puits. Une hydrogéologue et le vice-président de l'ONG allemande Sign of Hope (Signe d'espoir), qui dénonce depuis trois ans les activités polluantes des compagnies dans la région, font office de police scientifique, multipliant méthodiquement les prélèvements d'échantillons dans les bassins de rétention d'eau de pompage.
Prévenus la veille de la visite, des ingénieurs ou responsables de sécurité accueillent le ministre le visage crispé et le doigt sur la couture du bleu de travail. Accueil cordial dans des bureaux climatisés où ronronnent des écrans d'ordinateurs surveillant l'activité des puits, jus de fruits en guise de bienvenue et assurances balbutiées du bout des lèvres qu'ici, « on respecte l'environnement ».
Mais immanquablement, l'exercice de communication forcé tourne au fiasco, une fois la visite des installations entamée sous un soleil de plomb et dans les effluves de pétrole. Les mains sur les hanches, le ministre contemple désolé l'eau visqueuse et noire qui remplit le bassin n° 1 de l'installation du champ pétrolifère d'Unité, à 28 km au nord de Bentiu, la capitale de cette région pétrolière du Sud-Soudan. Le liquide pompé par la centaine de puits en activité est composé d'environ 80 % d'eau et de 20 % de pétrole : le gros de la séparation se fait dans la raffinerie. Au terme de ce processus, l'eau est déversée dans une série de bassins, afin de décanter le pétrole encore contenu, pour être enfin relâchée dans la nature. « Certains de ces bassins sont très lourdement contaminés et le fait qu'il n'y a pas de revêtement en plastique (au fond du bassin) permet à cette eau de s'infiltrer dans le sous-sol et la nappe phréatique », déplore Klaus Stieglitz, vice-président de Signe d'espoir.
Le ministre n'est pas au bout de ses surprises : dans l'installation d'Al-Nar, plus au nord, de vieux containers entreposés le long d'un bassin laissent échapper du pétrole dans un marais adjacent. « Ce sont de mauvaises pratiques, mon ami. C'est exactement ce dont nous ne voulons pas », s'emporte-t-il à l'adresse d'un responsable du site muré dans un silence embarrassé. « Nous sommes très préoccupés pour l'environnement, qui est notre principale richesse, car au final, le pétrole ne durera que 20 ou 30 ans », ajoute M. Garjang Gieng.
Non loin, dans l'installation de Toma South, le ministre sort carrément de ses gonds. Ici, trois bassins ont été construits pour traiter les eaux de pompage. Une substance épaisse comme du goudron s'échappe de six containers mangés par les herbes folles, dans le troisième bassin, celui censé filtrer une dernière fois l'eau avant qu'elle ne soit rendue à la nature environnante. Un ingénieur du site, en bleu de travail, passe un très mauvais quart d'heure tout en répétant qu'il fera part des récriminations du ministre à sa hiérarchie. « C'est ça, dis-leur ! » lui lance ce dernier, avant de s'engouffrer furibard dans son pick-up, non sans promettre une nouvelle inspection, rapidement.


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