Les Égyptiens sont appelés aux urnes dimanche pour un scrutin législatif entaché de violences et d’irrégularités pour l’opposition, dominée par les islamistes, tandis que le pouvoir veut montrer sa solidité malgré les questions sur la santé du président Hosni Moubarak. L’élection de 508 députés à l’Assemblée du peuple, la plus importante des deux Chambres du Parlement, a lieu sur deux tours, les 28 novembre et 5 décembre. Dix sièges supplémentaires sont pourvus directement par M. Moubarak.Khaled Desouki/AFP
Comme les 130 autres candidats soutenus par la confrérie, Mohammad Beltagui se présente comme « indépendant », le mouvement étant interdit en tant que parti. Mais les responsables islamistes reconnaissent qu'il leur sera difficile de résister à l'offensive destinée à laminer leur groupe parlementaire. D'ailleurs, le parti au pouvoir a intensifié hier la pression sur les islamistes, en engageant une procédure en justice qui permettrait à terme d'invalider leur élection au motif qu'ils se déclarent « indépendants ».
Mehdi Akef, chef de la confrérie jusqu'au début de l'année, raconte qu'après les élections de 2005, un visiteur lui a transmis un message sans ambiguïté de la part des autorités : « Ils disent qu'ils vont vous briser les os. » Et aujourd'hui, « ils nous ont bien brisé les os », a-t-il déclaré. Pour l'un des hauts dirigeants des Frères, Mahmoud Ezzat, boycotter les élections aurait été pire que de se présenter malgré tout. « Si nous ne nous présentons pas, il y aura davantage de restrictions aux libertés », assure-t-il.
Des membres du gouvernement et du PND au pouvoir ont prévenu que les Frères musulmans ne connaîtraient pas le même succès électoral qu'en 2005, et multiplié les attaques contre leur groupe parlementaire. Les Frères ont assuré que quelque 1 200 d'entre eux avaient été arrêtés depuis l'annonce de leur participation au scrutin début octobre. Le pouvoir de son côté a fait savoir que des dizaines d'inculpations pour des motifs divers avaient été prononcées à la suite d'arrestations en marge de manifestations. Le ministre de l'Intérieur, Habib el-Adli, les a visés implicitement en déclarant que « les manifestations ne font pas partie des mécanismes de la campagne électorale et peuvent provoquer des émeutes ».
Créée en 1928, la confrérie assure renoncer à la violence et privilégier la voie démocratique pour parvenir à instaurer un État fondé sur la loi islamique. Le pouvoir l'accuse de répandre une vision de l'islam rétrograde et intolérante. Pour Amr Chobaki, du centre al-Ahram d'études politiques, les Frères sont aussi victimes de leur incapacité à incarner une alternative politique crédible. « J'y vois l'échec de leur travail parlementaire, et compte tenu de leurs slogans religieux ils continuent d'être perçus par certains comme une menace pour la société civile », assure-t-il. Le retour en force de membres de la « vieille garde » la plus conservatrice des Frères, lors d'une intense bataille interne en début d'année, n'a pas non plus amélioré leur image, assure-t-il.
Pour certains spécialistes, un revers électoral ne serait toutefois pas insurmontable pour les Frères, capables de se replier sur leur domaine de prédilection : l'action sociale et religieuse auprès de la population. « Cela ne va pas diminuer l'influence des Frères dans la rue, parce qu'ils ne comptent pas juste sur leur présence au Parlement, mais sur les services sociaux et les mosquées », assure le politologue égyptien Moustapha Kamal.


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