Amanda Palmer et Hania Mroué entourant le cinéaste Ibrahim el-Batout au festival international de Doha Tribeca.(DR)
On l'a rencontrée à Doha, entre deux rendez-vous. Active et discrète, Hania Mroué ne refuse jamais une rencontre et est toujours prête à répondre aux questions. Elle a voulu parler de cette expérience nouvelle.
Après des études d'économie et treize ans passés dans la troupe Caracalla, Hania Mroué décide de se tourner vers le septième art. Un autre pas de deux qui lui réussira fort bien. Une formation à l'école Femis dans la production du cinéma et voilà la jeune Libanaise prête à affronter le dur milieu du 7e art.
Car au Liban, cet art n'est pas facile, voire dénigré. À l'époque où Hania Mroué s'investit à faire connaître les talents et à promouvoir le cinéma, tout est encore en
jachère.
L'année 1999 marque certes la fin d'un siècle, mais aussi les débuts de « Beirut DC ». En compagnie de professionnels du cinéma, de jeunes passionnées comme elle, à savoir Éliane Raheb, Zeina Sfeir et d'autres encore qui viendront se greffer à elles, Hania Mroué met sur pied cette association qui s'engage à relever tous les défis.
Le premier objectif est de soutenir les cinéastes libanais indépendants, in extenso, arabes, de promouvoir leur travail et de mener leurs projets à bon port.
Au fil des ans, « Beirut DC » s'agrandit et fait son propre festival. C'est la naissance de « Ayam Beirut al-Cinema'iya », qui aura lieu tous les deux ans engrangeant une forte dynamique.
Les premières Journées cinématographiques s'inscriront dans une volonté de marquer le territoire dans un pays où de telles initiatives sont souvent combattues. « En effet, dit Hania Mroué, nous aurions aimé que les efforts soient effectués à l'échelle nationale et que d'autres associations se joignent à nous. » « Le parcours aurait été plus facile, ajoute-t-elle, et on serait arrivé plus vite à créer un grand festival comme ceux qui fleurissent maintenant dans la région. »
En dépit de tous les écueils, « Ayam Beirut » perdure et prend sa vitesse de croisière. Un chantier énorme qui prend forme après quelques années. Aujourd'hui, « Beirut DC » vient de passer un partenariat avec le Festival international de Dubaï qui s'est engagé à verser une bourse de 5 000 $ à un projet de documentaire avec comme seule condition que le réalisateur soit libanais ou d'origine arabe, résidant au Liban.
Solidarité = efficacité
Mais Hania Mroué ne s'arrête pas là. En collaboration avec d'autres personnalités actives du cinéma, elle va fonder quelques années plus tard la cellule « Métropolis », une structure à but non lucratif qui prendra ses quartiers à l'Empire Sofil. « C'est un espace convivial, dira-t-elle, prêt à accueillir d'une façon continue un cinéma d'auteur et indépendant. Ainsi, certains films comme Amreeka ou Le Prophète n'auraient jamais eu la chance d'être projetés au Liban sans Métropolis. La salle de l'Empire Sofil est devenue partenaire de ces événements qui n'auraient pu voir le jour sans le soutien des subventions des mécènes. »
L'aventure Tribeca Doha commencera plus tard, lorsqu'Amanda Palmer, responsable de DFI, charge Hania Mroué d'assurer la liaison entre le « Doha Institute » et les professionnels du monde arabe. Palmer connaît l'expertise de Mroué du cinéma arabe. « C'est donc à Cannes, poursuit Hania Mroué, que je rencontrais les programmateurs du festival. L'équipe, composée de deux Américains et de deux autres issus du Moyen-Orient, Iskandar Copti et Chadi Zeineddine, s'est partagée le travail. Il s'agissait pour cette seconde édition du festival à Doha de mettre plus en évidence le travail des cinéastes de la région du M-O. » Et d'ajouter : « Le choix devait se faire en fonction de ce qu'apportait un film de nouveau. » Pendant les quelques mois qui ont précédé le festival, Hania Mroué s'attelle à s'occuper de tous les invités de la région (au nombre de 500 et plus), des conférences et des activités parallèles.
Mroué avoue que la position du festival s'est certes améliorée cette année par rapport aux autres festivals voisins. « Mais il faudra surtout une entraide au niveau de ces festivals et non une concurrence, car le cinéma arabe a besoin de soutien. » « C'est sur cette base, dit Mroué, que le festival de Doha a bien voulu accueillir dans sa programmation certains films invités des autres festivals arabes. »
« Coordination et solidarité, voici les mots clefs pour faire avancer le cinéma arabe, » conclut Hania Mroué avant de nous quitter. Pour d'autres missions peut-être ?


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