Très jaloux de leur indépendance, des Irlandais ont manifesté contre « la dictature du FMI et de l’UE ». Peter Muhly/AFP
« Les attentes (de l'Union européenne et du FMI) et les miennes sont qu'un prêt sera mis à disposition », a déclaré jeudi matin le gouverneur de la Banque centrale d'Irlande, Patrick Honohan. « Nous parlons d'un prêt très important, de dizaines de milliards » d'euros, a-t-il précisé sur la radio publique RTE.
Peu après ces déclarations, des experts du FMI, de l'UE et de la Banque centrale européenne (BCE) ouvraient les discussions avec des responsables irlandais. Le plus grand secret était tenu sur leur contenu et rien n'a filtré sur leur durée, mais elles pourraient s'étaler sur plusieurs jours, selon les médias.
Réagissant aux déclarations de M. Honohan, le ministre irlandais des Finances, Brian Lenihan, a jugé « très souhaitable » un accord qui mettrait en place un « fonds de prévoyance significatif », dans lequel l'Irlande pourrait puiser pour soutenir ses banques plombées de dettes. « Cependant, nous n'en sommes pas encore à ce stade », a-t-il ajouté.
À Washington, la directrice des relations extérieures du FMI, Caroline Atkinson, a indiqué que les discussions ne portaient pas pour l'instant « sur un programme d'aide » à proprement parler, et restaient à un stade « technique ». « Les Européens ont largement la capacité d'agir » pour régler les problèmes de l'Irlande, a-t-elle affirmé.
Devant le ministère des Finances, une poignée de membres du Parti socialiste irlandais ont manifesté contre « la dictature du FMI et de l'UE ». « Ils vont nous obliger à couper dans l'assurance sociale », a assuré Joe Higgins, député européen et président de la petite formation.
Jeudi matin, lors d'une nouvelle séance très houleuse au Parlement, le leader de l'opposition Enda Kenny a exigé la démission du gouvernement, qualifiant d'« humiliation » l'appel à l'aide extérieure.
Les Irlandais sont très jaloux de leur indépendance, chèrement acquise après des siècles de lutte contre le joug colonial britannique, et sont largement eurosceptiques. Ils craignent en particulier que Bruxelles les contraigne à renoncer à leur fiscalité très avantageuse pour les sociétés (12,5 %), qui a alimenté le « miracle » économique celtique.
L'imposition sur les entreprises est « non négociable », a cependant tranché la vice-Premier ministre Mary Coughlan devant le Parlement.
L'UE et le FMI, soucieux d'éviter les atermoiements qui avaient accentué la crise grecque, veulent cette fois-ci prendre les devants et régler le problème irlandais avant qu'il se propage au reste de la zone euro.
L'ancien « tigre celtique » est plombé par un déficit record (32 % de son produit intérieur brut cette année) en raison des quelque 50 milliards d'euros que le gouvernement a dû injecter dans les banques de l'île.
Une décision de principe sur des prêts européens et du FMI a déjà été prise, mais Dublin n'a toujours pas fait la demande formelle indispensable.
Jeudi, le Premier ministre Brian Cowen a une nouvelle fois refusé de s'engager. « Ma responsabilité est de faire en sorte que nous obtenions le meilleur résultat pour ce pays », a-t-il dit, laissant suggérer des négociations longues et ardues.
À Francfort, le président de la BCE Jean-Claude Trichet a parallèlement exprimé sa « profonde inquiétude » quant à la gouvernance économique et budgétaire de la zone euro. « Nous appelons à un changement conséquent », a-t-il lancé en vue d'éviter une réédition de la crise actuelle, sans cependant nommer l'Irlande.


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