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Nos lecteurs ont la parole

La lutte pour le pouvoir

Par Joseph W. ZOGHBI
Le Liban ne déroge pas à la règle qui veut que les divers groupes politiques dans un pays luttent pour atteindre le pouvoir. Cette lutte se fait de deux manières : dans le sang, dans les pays non démocratiques ; dans les urnes, dans les pays démocratiques.
Au Liban, pays à la limite de ces deux mondes, le changement se fait dans une violence saupoudrée d'une couche d'aspect démocratique.
La structure même du pays interdit tout changement démocratique pur, car tout changement, parfois nécessaire et même souhaité, est décrit et décrié comme une atteinte à l'une ou l'autre des communautés, d'où le risque d'une rixe intercommunautaire.
Cette inertie dans la vie politique et cette difficulté de changement entraînent toujours des abus dans l'exercice du pouvoir, car les responsables bénéficient toujours de l'invulnérabilité que leur octroie leur communauté.
Ceux qui sont en place pratiquent à merveille le chantage. Dès qu'ils sentent que le couperet est sur le point de s'abattre sur leur tête, ils commencent à jouer de la fibre communautaire et, de ce fait, alimentent la tension dans le pays. Ils neutralisent aussi les concurrents et potentiels prétendants au pouvoir dans leur propre communauté, avec toutes les frustrations qui s'ensuivent.
Il devient ainsi impossible de procéder à un changement purement démocratique, exutoire des tensions internes pour les neutraliser et empêcher les changements violents.
De surcroît, si des actions passibles de tribunaux sont perpétrées par l'un ou l'autre des responsables politico-administratifs, il est impossible que la justice puisse exercer librement son action et toute poursuite, même justifiée, devient impossible car tout devrait être résolu politiquement au détriment de la justice elle-même.
La situation actuelle de la vie politique au Liban représente un imbroglio indescriptible, difficile à démêler. C'est une lutte de pouvoir sur fond de corruption, de malversation, d'abus, d'assassinats, de menaces et de violence. La démocratie - biaisée par le communautarisme, ainsi que les immixtions de pays étrangers ayant des intérêts divergents, à quoi s'ajoute l'élément de l'argent - est neutralisée et devient inopérante.
Historiquement, chaque changement au Liban s'est fait sur fond de crise. Sommes-nous condamnés à vivre cette situation toute notre existence ? Ne serait-il pas nécessaire de moderniser notre vie politique en nous dirigeant vers la laïcité, qui est notre seule planche de salut ? Ne serait-il pas temps d'opérer des changements dans notre approche de la vie commune en mettant de côté l'aspect communautaire, qui a démontré ses limites et qui nous pourrit la vie ?
Ceux qui sont contre la séparation de la religion et de l'État ne seraient-ils pas plus heureux si les transitions politiques, qui deviennent nécessaires en raison de l'érosion du pouvoir, se faisaient d'une manière démocratique, sans fond de tension religieuse ?
Le Liban ne déroge pas à la règle qui veut que les divers groupes politiques dans un pays luttent pour atteindre le pouvoir. Cette lutte se fait de deux manières : dans le sang, dans les pays non démocratiques ; dans les urnes, dans les pays démocratiques. Au Liban, pays à la limite de ces deux mondes, le changement se fait dans une violence saupoudrée d'une couche d'aspect démocratique. La structure même du pays interdit tout changement démocratique pur, car tout changement, parfois nécessaire et même souhaité, est décrit et décrié comme une atteinte à l'une ou l'autre des communautés, d'où le risque d'une rixe intercommunautaire. Cette inertie dans la vie politique et cette difficulté de...
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