Des milliers de personnes ont manifesté hier à Séoul contre le sommet du G20. KimJae-hwan/AFP
Et ce n'est pas la décision la semaine dernière de la Banque centrale américaine, vouée aux gémonies en Europe et en Asie pour avoir inondé les marchés de centaines de milliards de dollars, qui les aidera à resserrer les rangs. La Chine a ainsi vivement réagi, jugeant avec d'autres que cette nouvelle injection massive de dollars sur les marchés était source de déséquilibres majeurs.
Cette mesure, censée soutenir la reprise américaine, a aussi pour effet d'attirer les capitaux vers les pays émergents, au risque de les déstabiliser et de provoquer des bulles spéculatives.
Les États-Unis « nous doivent une explication », a affirmé Cui Tiankai, vice-ministre des Affaires étrangères et négociateur en chef au G20 pour la Chine. « Sinon, la confiance internationale dans la reprise et la croissance de l'économie mondiale pourraient s'en ressentir », a-t-il averti.
Les Européens ont quant à eux réclamé que le sujet soit discuté à Séoul. La décision de la Fed pourrait « clairement au bout du compte ralentir la reprise en zone euro », a expliqué un haut responsable européen, sous le couvert de l'anonymat. De fait, la décision de la Réserve américaine a immédiatement fait baisser le dollar, au détriment de l'euro.
« La terre entière veut bien sûr que l'économie américaine se reprenne, mais cela ne sert à rien de balancer de l'argent depuis un hélicoptère, parce que ça ne favorisera en rien la croissance », a jugé, lapidaire, le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega.
Ce nouvel épisode de la « guerre des monnaies », dénoncée précisément fin septembre par M. Mantega, tombe au plus mal pour le président américain Barack Obama, qui arrive à Séoul, après un cuisant revers électoral lors des élections de mi-mandat au Congrès. M. Obama doit certes rencontrer son homologue chinois Hu Jintao à Séoul. Mais les responsables américains minimisent les chances d'une percée sur l'autre front de cette « guerre », la sous-évaluation de la devise chinoise, régulièrement dénoncée par Washington. Pékin résiste aux pressions de ses partenaires, qui cherchent ainsi à améliorer la compétitivité de leurs produits via le renchérissement du yuan.
Les Américains ont bien tenté de contourner la difficulté en proposant de fixer des seuils quantitatifs aux excédents. Mais Pékin a officiellement rejeté cette idée, tout comme l'Allemagne, autre pays aux exportations record. Washington, par la voix de son secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a donc préféré renoncer, ce dernier assurant samedi depuis Kyoto au Japon que les États-Unis ne proposeraient pas d'objectif chiffré.
Le président sud-coréen Lee Myung-bak, hôte de ce sommet, a affirmé de son côté qu'il comptait surtout sur une « pression des pairs » plutôt que sur des mesures légales contraignantes pour contrôler tout accord sur les changes. « Il y a une compréhension mutuelle que si nous n'œuvrons pas pour nous mettre d'accord entre nous, il y a le risque de retourner à des mesures protectionnistes », assure aussi M. Lee.
L'Organisation mondiale du commerce a d'ailleurs lancé un avertissement en ce sens dans un rapport publié jeudi à Genève. « Les turbulences sur les marchés des changes » génèrent même, selon l'OMC, « les risques les plus élevés pour l'économie mondiale ».
Voilà qui devrait renforcer la volonté du président français Nicolas Sarkozy de lancer au lendemain de Séoul le chantier de la réforme du système monétaire international. Ce sera une des priorités de la présidence française du G20 qui débutera le 13 novembre au lendemain de ce cinquième sommet du G20.


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