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Économie - Liban - Forum

La finance islamique, entre essor et défis structurels

De Kuala Lumpur à Madrid, en passant par Beyrouth, les conférences et débats sur la finance islamique se multiplient à travers le monde - preuve de l'ampleur que prend le marché halal sur l'échiquier financier international depuis la fameuse débâcle internationale. Hier, une conférence régionale sur les institutions financières islamiques a été inaugurée dans la capitale libanaise, qui abrite six établissements opérant selon les principes de la charia.

Avec près de 1 000 milliards de dollars d'actifs bancaires, contre 140 milliards de dollars il y a 15 ans, la finance islamique n'a cessé de gagner du terrain au cours des deux dernières décennies, se développant à grands pas aussi bien dans les pays musulmans qu'au-delà des « frontières islamiques ». Encore embryonnaire dans les années 70, cette finance particulière, basée sur les principes de la charia, est aujourd'hui au cœur de l'activité financière mondiale et du débat sur un nouvel ordre économique, comme en témoignent les nombreuses conférences internationales organisées à ce sujet dans plusieurs capitales du monde musulman ainsi qu'en Occident.
D'Espagne en Malaisie - où a récemment été organisée la 2e édition du Global Islamic Finance Forum -, les initiatives se multiplient en effet pour promouvoir les principes d'une finance qui interdit les transactions ayant recours à l'intérêt (riba), ou encore à la spéculation (gharar), considérée comme l'une des raisons principales à l'éclatement de la bulle financière en 2008, qui a mis à nu les faiblesses de la finance conventionnelle.
Hier c'était au tour de Beyrouth, cette ville du monde arabe où la finance islamique est encore balbutiante, d'accueillir une conférence axée sur le même thème. Baptisée « Beirut Islamic Financial Institutions Forum », cette rencontre, organisée par le groupe al-Iktissad wal aamal, a rassemblé une centaine d'experts de la région et du monde, en présence notamment du gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, et du président du Conseil mondial des banques islamiques, cheikh Saleh Abdallah Kamel.
Au cœur du débat : l'avancée notoire du marché financier halal mais aussi et surtout des nombreux défis qui le guettent.

 De l'absence de théorie économique au faible capital humain
Car si la finance islamique a réussi à se frayer un chemin dans un monde peuplé de 1,5 milliard de musulmans, et qu'elle profite aujourd'hui d'une conjoncture économique mondiale qui lui est favorable, il n'en reste pas moins que de nombreuses failles structurelles entravent aujourd'hui son essor à plus grande échelle.
Ce point, soulevé durant la séance inaugurale d'hier, a été notamment élaboré par le secrétaire général de l'organisation de comptabilité et d'audit des institutions financières islamiques (AAOIFI), Mohammad Nedal Alchaar, qui a souligné au cours de son intervention l'absence de théorie économique globale propre à la finance islamique. « Aujourd'hui, cette finance fonctionne sur la base de principes et de règles en l'absence de fondements théoriques clairs (...). C'est la critique souvent formulée en Occident à l'égard de la finance islamique (...). Nous ne disposons pas, par exemple, de l'équivalent de la théorie quantitative de la monnaie (Quantity Theory of Money) », a-t-il ainsi précisé. « En outre, la définition des risques étant différente, la quantification de ces risques ne peut avoir lieu à travers les outils de la finance conventionnelle », a-t-il ajouté. Le secrétaire général de l'AAOIFI a en outre évoqué les difficultés liées à l'intégration de certaines dimensions de la finance islamique, comme la responsabilité sociale (zoukat), aux fondements d'une théorie scientifique.
Abondant dans le même sens, le premier vice-gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Raed Charafeddine, a mis l'accent sur cinq défis auxquels fait face aujourd'hui la finance islamique, dont l'absence d'harmonisation au niveau du cadre réglementaire (en raison des différentes interprétations des principes de la charia), le manque de lois susceptibles de créer un environnement propice au marché financier halal et un faible capital humain. Il a également évoqué à ce sujet la gestion des liquidités des banques islamiques, à l'ombre de taux de réserves élevés dictés par les normes islamiques et le peu de créativité en matière de développement de produits bancaires (les produits lancés sur le marché étant souvent une reproduction « islamisée » des produits conventionnels).
Concernant le cas spécifique du Liban, où six établissements proposent aujourd'hui des produits islamiques (sur un total de plus de 60 établissements de crédit), le premier vice-gouverneur de la BDL s'est dit confiant dans l'avenir du marché financier halal au pays du Cèdre, « malgré les problèmes actuels que posent certains textes de loi ». Un amendement proposé dans le projet de budget 2010 (article 68) concernant certaines exemptions bénéficiant aux banques islamiques a, rappelons-le, été récemment recalé par la commission parlementaire des Finances.
Les avis concernant un éventuel essor de la finance islamique au Liban étaient d'ailleurs contrastés hier, certains participants à la conférence soulignant à cet égard la saturation du marché local, vieux de plus de 80 ans, et l'enracinement de la culture bancaire conventionnelle parmi les Libanais.
Avec près de 1 000 milliards de dollars d'actifs bancaires, contre 140 milliards de dollars il y a 15 ans, la finance islamique n'a cessé de gagner du terrain au cours des deux dernières décennies, se développant à grands pas aussi bien dans les pays musulmans qu'au-delà des « frontières islamiques ». Encore embryonnaire dans les années 70, cette finance particulière, basée sur les principes de la charia, est aujourd'hui au cœur de l'activité financière mondiale et du débat sur un nouvel ordre économique, comme en témoignent les nombreuses conférences internationales organisées à ce sujet dans plusieurs capitales du monde musulman ainsi qu'en Occident. D'Espagne en Malaisie...
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