La cathédrale Sayidat al-Najat (Notre-Dame du Perpétuel Secours) portait toujours les traces, hier, du massacre qui y a eu lieu, dimanche soir. Ahmad al-Rubaye/AFP
« Quel rapport existe-t-il entre nous et les coptes d'Égypte à part le fait que nous soyons chrétiens et une proie facile car nous ne possédons ni milice ni personne pour nous protéger ? » déclarait hier Saad Sirap Hanna, 40 ans, le prêtre de l'Église chaldéenne Saint- Joseph à Karada. « En fait el-Qaëda veut éradiquer notre présence qui remonte bien avant les musulmans puisque saint Thomas a évangélisé cette terre en 50 », soit six siècles avant l'islam.
Pour lui, le massacre de dimanche est un tournant. « Il faut que les musulmans montrent leur désir que nous restions. Il y a bien sûr parmi eux des modérés qui sont mes amis mais ils n'ont pas droit à la parole », ajoutait cet homme d'église, enlevé par des islamistes durant 28 jours à l'été 2006. Devant son église, la sécurité a été renforcée avec trois véhicules blindés et des barbelés. « Ce n'est pas un ou deux humvees qui changent les choses. Il faut une véritable réconciliation nationale et un gouvernement qui assure la sécurité, non en paroles mais en actes », dit ce prêtre.
Ces nouvelles menaces vont accélérer l'exode commencé en 2003 estime l'évêque chaldéen de Bagdad, Chlimoune Wardouni. « C'est mauvais pour les chrétiens. Cela peut les pousser à quitter le pays », a-t-il déclaré par téléphone à l'AFP. Cible d'attaques depuis l'invasion conduite par les États-Unis, la communauté chrétienne de Bagdad est passée de 450 000 à 150 000. Il ne reste que 14 paroisses chaldéennes dans la capitale contre 28 en 2003.
« Nous craignons une nouvelle campagne (d'attaques) », a déclaré à l'AFP Hazen Girgis, un enseignant de 45 ans de l'université de Mossoul (Nord). « Tout cela à cause du retard dans la formation du gouvernement. » Mais pour le député chrétien Yonadam Kanna « tout le monde est une cible pour el-Qaëda ». « Voilà ce qui peut arriver si on ne prend pas suffisamment de mesures de sécurité », a-t-il indiqué à l'AFP au sujet de l'attaque de la cathédrale syriaque-catholique.
La capacité des forces de sécurité à protéger la population est de nouveau posée après la dizaine de voitures piégées contre des quartiers chiites, visant notamment des restaurants et des cafés. Des attentats qui ont fait 64 morts et 360 blessés, selon le dernier bilan. Le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, a estimée qu'elles étaient dues au « vide constitutionnel et politique et au retard dans la formation du gouvernement ». « Cela a donné aux terroristes l'opportunité d'attaquer des civils », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Bagdad. Ces attaques risquent en outre de saper les efforts pour attirer les investisseurs. Depuis lundi, se tient la foire internationale de Bagdad où sont présentes 300 sociétés du monde entier.
Enfin, le président syrien Bachar el-Assad a affirmé que son pays soutenait le peuple irakien face au terrorisme lors d'un entretien à Damas avec le vice-président irakien Adel Abdel Mehdi. M. Assad « a fermement dénoncé les attentats qui ont visé mardi Bagdad ainsi que l'attaque perpétrée dimanche contre une cathédrale de la capitale irakienne et qui ont fait des dizaines de victimes innocentes », a indiqué l'agence officielle SANA.


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