L'association France Biotech, qui fédère quelque 150 entreprises françaises de biotechnologie, redoute, elle, qu'un "coup fatal" ne soit porté "à notre compétitivité".
Le projet de loi de finances présenté fin septembre, et examiné actuellement à l'Assemblée nationale, prévoit une réduction sans précédent du déficit public français, à travers un train de mesures d'économies.
Parmi elles, la réforme du statut de jeune entreprise innovante, désormais plafonné et dégressif, qui doit faire gagner à l'État 57 millions d'euros l'an prochain.
Ce statut a été créé en 2004 pour apporter un soutien significatif à des jeunes entreprises très actives en recherche et développement et leur permettre de passer le cap difficile des premières années.
Contre l'avis du gouvernement, pour accroître les recettes de l'État, les députés ont aussi raboté le Crédit d'Impôt Recherche (CIR) de sept pour cent, en baissant le seuil des dépenses éligibles. Ils ont également ramené de 75% à 50% la réduction de l'impôt de solidarité sur la fortune lié à l'investissement dans une PME.
Dans l'entourage de la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, qui défend bec et ongles le CIR, on espère désormais le statu quo, lors du passage du texte au Sénat en novembre. Mais on reconnaît que "le signal donné est mauvais".
"Halte au feu !", tonne pour sa part Jean-Noël de Galzain, vice-président du pôle Systematic, le plus gros pôle de compétitivité français. Pour ce PDG d'une PME spécialisée dans les solutions de sécurité informatiques, les mesures prises "n'ont aucun sens, ni au plan politique, ni au plan stratégique".
"L'an dernier, en préparant les états généraux de l'industrie, tous les participants ont convenu qu'il fallait renforcer un certain nombre de dispositifs", rappelle-t-il. "Moins d'un an après, on s'attaque aux seules mesures susceptibles de doper les investissements dans les industries de demain", déplore-t-il.
Et à très court terme, "c'est l'emploi et la santé des entreprises", qui sont directement menacés, selon lui. "Il est urgent de ne toucher à aucun dispositif qui viendrait encore affaiblir les trésoreries des PME" fragilisées par la crise, lance-t-il.
À la tête d'une entreprise de taille intermédiaire de 1 500 personnes, qui fabrique des systèmes hydrauliques, Laurent Bataille a fait ses calculs: "Pour faire un peu d'économies, les députés ont changé la règle du CIR. Moi je vais perdre 400 000 euros". Or l'an dernier, "j'ai pris le risque d'embaucher 28 personnes en CDI pour doper l'innovation", souligne-t-il.
Plus que la perte financière engendrée par une telle réforme, ce patron dénonce "une fiscalité qui change en permanence et qui paralyse les chefs d'entreprises dans leurs prises de décision".
"On ne peut pas demander aux entreprises d'investir en innovation si les règles changent a posteriori tous les ans !", renchérit François Guignot, le délégué général du Comité Richelieu.
Le risque, selon Frédéric Bedin, président de CroissancePlus, association qui regroupe 350 entreprises ayant vocation à grandir, c'est que de nombreux patrons choisissent de s'installer "ailleurs qu'en France", là où les incitations "à créer de l'emploi et de la valeur" sont plus fortes.


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