Veillée funèbre pour les victimes du massacre de Ciudad Juarez. La « guerre des cartels » a fait plus de 28 000 morts au Mexique depuis décembre 2006.Gael Gonzalez/Reuters
Ciudad Juarez, ensanglantée par la rivalité entre deux cartels de la drogue, avait déjà été le théâtre d'un massacre dans une fête familiale, dans la nuit de vendredi à samedi. Des tueurs avaient ouvert le feu sans distinction sur hommes, femmes et enfants, tuant 14 personnes et en blessant 20 autres, dans un scénario rappelant d'autres exécutions collectives dans des cérémonies privées. Dimanche soir, à Tijuana, à la frontière avec la Californie (États-Unis), 13 pensionnaires d'un centre de désintoxication ont également été abattus par des hommes de main. Les tueurs n'ont pas agi au hasard, mais ont choisi leurs victimes et les ont alignées contre le mur avant d'ouvrir le feu, selon la police. Peu après, des inconnus ont diffusé sur la fréquence radio de la police un avertissement selon lequel il y aurait sous peu 135 meurtres, une référence vraisemblable à la saisie de quelque 135 tonnes de marijuana le 18 octobre à Tijuana, la plus importante dans les annales au Mexique. « Cela ne fait que commencer », ont répété les messages pirates entre deux airs de « ballades narcos », des chansons à la gloire des trafiquants.
Cette exécution collective confirme que les centres de désintoxication sont devenus une cible prioritaire des trafiquants, qui y pourchassent clients et vendeurs de leurs « concurrents ». Trois massacres similaires avaient fait une cinquantaine de morts ces deux dernières années à Ciudad Juarez et dans sa région. Les trafiquants mexicains s'entre-tuent pour s'assurer le contrôle du marché local et du trafic de drogue vers les États-Unis, premier client mondial de la cocaïne.
Dans tout le pays, cette « guerre des cartels » a fait plus de 28 000 morts, entre règlements de comptes et affrontements avec les forces de l'ordre, depuis l'arrivée au pouvoir du président Felipe Calderon en décembre 2006. Le bilan ne cesse de battre des records, malgré le déploiement de 50 000 militaires dans le pays. À Ciudad Juarez, où l'on compte plus de 2 500 morts depuis le début de l'année, les rues sont ensanglantées par la rivalité entre le vieux cartel local, dit « de Juarez », et celui « de Sinaloa », considéré comme le plus puissant du pays et dirigé depuis sa cavale par Joaquin « Chapo » (le petit) Guzman. Évadé d'un pénitencier mexicain en 2001, il est désormais classé au nombre des milliardaires en dollars par le magazine américain Forbes.
La saisie record de Tijuana était intervenue à la suite d'une fusillade entre un convoi de camions suspects et des policiers locaux, bientôt renforcés par l'armée. Onze personnes avaient été arrêtées et les enquêteurs pensent que la cargaison de marijuana était transportée par « l'organisation du Pacifique », constituée par le cartel « de Sinaloa » et ses gangs alliés.


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