De jeunes étudiantes voilées se rendant à l’Université d’Istanbul. Mustafa Ozer/AFP
Le revirement du conseil, désormais contrôlé par l'AKP (Parti de la justice et du développement), le parti islamo-conservateur au pouvoir, a été accueilli avec soulagement par les étudiantes voilées, lassées de recourir au subterfuge de la perruque ou de la casquette pour entrer sur les campus. « On avait l'air ridicule, avec nos chapeaux, nos cols roulés... surtout en été (...) Je me sentais mal, on se retournait à mon passage dans les couloirs », raconte Tugba Pistofoglu, étudiante en ingénierie à l'Université technique d'Istanbul. « Maintenant, ça va beaucoup mieux. Je vais au cours avec plus de plaisir. Et comme je peux m'exprimer librement, je pense que ça va aussi jouer sur mes résultats scolaires », poursuit-elle.
La décision du YÖK semble pourtant loin d'avoir réglé une fois pour toutes la question. Plusieurs recteurs maintiennent l'interdiction, estimant que l'injonction ne concernait que l'Université d'Istanbul, ou attendant une décision de la Cour de cassation. L'avocate Fatma Benli, spécialisée dans la défense des étudiantes voilées, considère qu'elles sont encore interdites dans la moitié environ des universités. « Il arrive aussi que les étudiantes puissent entrer sur le campus, mais que leur professeur leur explique qu'elles doivent enlever leur voile, sinon il leur donnera une mauvaise note, ou encore leur dresse un procès-verbal, ou parfois les chasse de son cours », explique-t-elle.
Tandis que la recherche d'un compromis entre l'AKP et l'opposition sur la question piétine, le procureur de la Cour de cassation Abdurrahman Yalçinkaya a lancé mercredi un avertissement qui laisse présager d'une contre-offensive du camp laïque. « Autoriser l'usage du voile (dans les universités) ouvrirait une brèche dans le principe de laïcité », a commenté M. Yalçinkaya, qui avait tenté en 2008, sans succès, de faire interdire l'AKP pour atteinte à la laïcité. Une pétition contre le voile à l'université a par ailleurs réuni les signatures d'un millier d'universitaires, selon le quotidien Milliyet. « Ce n'est pas de la liberté de porter le voile qu'il faut discuter, mais de celle de ne pas le porter », affirme dans ce journal le professeur Alpaslan Isikli, à l'origine de la pétition, faisant allusion aux craintes du camp laïque : l'apparition de nouvelles revendications, comme l'autorisation du voile au lycée ou dans la fonction publique, et la montée des pressions sur les femmes non voilées.


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