Merci à Chawki Azoury d'expliciter dans son article (L'Orient-Le Jour du vendredi 8 octobre 2010) la notion de deuil et de lui accorder cette importance dans le processus de « guérison », sur le plan personnel ou national. En effet, pas de salut pour celui qui n'aura pas vu l'assassin, pour ainsi pleurer ses morts et, éventuellement, pardonner dans un second temps. Renoncer à la vérité comme le proposent certains politiciens, dont Walid Joumblatt, est pour moi l'exemple le plus outrageant et le plus contradictoire. Cela reviendrait, à mon sens, à garder cette rancune tapie en nous, sournoise et mal pansée, qui éclatera tôt ou tard, causant beaucoup plus de dégâts et de tensions qu'une rancœur « assainie » et ponctuellement liquidée.
Ce qui pourrait racheter encore le Hezbollah, dont la cote baisse (car plus l'échéance approche et plus le ton devient agressif et vindicatif) et surtout ce qui est encore susceptible de justifier sa survie, c'est non pas son surarmement, mais justement un soubresaut de conscience et un moment de vérité.
Amertume et admiration
J'avais, l'autre soir, les yeux rivés sur mon poste de télé pour suivre l'opération de sauvetage des 33 mineurs du Chili, n'en déplaise à ceux qui n'ont suivi que la retransmission en direct de la visite de l'hôte prestigieux du Liban. C'est avec une pointe de jalousie de nos amis chiliens que je suivais cette délivrance. La présence de leur président tout au long de l'opération, accueillant à bras ouverts ses compatriotes sortis de leur captivité, entourant leurs familles et soutenant leurs épouses et enfants, ne pouvait que susciter amertume et jalousie chez la Libanaise que je suis, vivant certes sur terre, mais captive tout au long de ces années par l'incertitude du lendemain. Un accident de mine a piégé les 33 hommes, le 5 août, sous terre. Quant à nous, nous sommes piégés dès la naissance sur notre propre terre.
Je ne connais rien à la politique et encore moins au système politique chilien, ni s'ils ont légiféré pendant des années pour savoir si le Chili était une patrie définitive pour ses citoyens ou s'ils ont, à coup de canon et de massacres, décidé de leur identité et de leur appartenance. Tout ce que j'ai vu, c'est que l'être humain y est respecté. Le président bolivien a, de même, fait le déplacement pour accueillir son concitoyen et s'est senti redevable à l'État chilien pour les efforts déployés. Quand on pense que depuis cinq ans des mamans entourées des photos jaunies de leurs enfants, piégées par un système qui ne respecte pas le faible, n'ont reçu la visite d'aucun de nos présidents, j'éprouve de l'amertume.

