On notera à ce sujet que le président Ahmadinejad parle de son souci de maintenir l'unité des Libanais après la parution de l'acte d'accusation. Il rejoint en cela l'ambassadeur d'Arabie saoudite au Liban, qui conseillait aux parties politiques au Liban de réfléchir à la gestion de la crise que risquerait de provoquer cet acte d'accusation. Il est aussi intéressant de noter que le président iranien a eu une conversation avec le roi Abdallah d'Arabie saoudite avant son départ pour le Liban. Par conséquent, on ne va plus entendre parler d'annuler le TSL, mais on va se pencher plutôt sur la réduction de la tension sunnite-chiite qui ne convient manifestement ni aux Iraniens ni aux Saoudiens.
Les Iraniens et le Hezbollah ont toujours vu dans le TSL une manœuvre américano-sioniste visant à entraîner le parti de Dieu dans un conflit intérieur qui l'affaiblirait. C'est précisément cette bombe qu'Ahmadinejad a cherché à désamorcer en parlant de l'unité des Libanais en toutes circonstances. En échange, les Iraniens estiment que le Hezbollah doit être libre de jouer son rôle de fer de lance de l'armée iranienne face à Israël, car c'est cela le vrai conflit qui intéresse l'Iran. Tant le président Sleimane que le gouvernement libanais ont mis un bémol aux ambitions iraniennes, se contentant de coopérer dans les domaines sociaux et économiques, et éludant les propositions iraniennes pour armer l'armée libanaise. Dans ce cadre, on n'a pas entendu le président iranien parler de la résolution 1701 de l'ONU, mais on l'a vu, à Cana, louer le rôle de l'armée et des forces de sécurité libanaise devant un public totalement acquis à la cause du Hezbollah. Pour le président iranien, l'armée et les institutions de l'État seraient une ligne rouge. Que ceux qui ont des oreilles entendent !
Alors qu'on devrait s'attendre dans les prochaines semaines à une décrispation sur la scène politique interne, on ne peut s'empêcher de remarquer que c'est bien l'Iran qui commande la loyauté de Hezbollah et ses partisans, et non la Syrie. Cette dernière se trouvant acculée à jouer un rôle de second violon dans sa chasse gardée au Liban. Les conséquences de ce remaniement de la scène politique libanaise risquent encore de faire couler beaucoup d'encre. À moins que la récente visite du président Assad à Téhéran n'ait confirmé ce partage des rôles entre les deux puissances régionales, la Syrie s'occupant de stabiliser l'Irak avec la visite de réconciliation de Maliki (Premier ministre irakien potentiel) à Damas et l'Iran stabilisant le Liban en fixant au Hezbollah les limites nécessaires pour assurer la stabilité au pays du Cèdre.
Quoi qu'il en soit, cette décrispation régionale ne saurait déplaire au camp occidental et aux États-Unis en particulier, et préparerait le terrain pour les négociations entre l'Iran et l'Occident, que les Iraniens envisagent avant la fin de l'année. En ce sens, tant l'Iran que la Syrie ont démontré leur capacité stabilisatrice sur les terrains qui ne sont pas habituellement les leurs, le Liban pour l'Iran et l'Irak pour la Syrie. Le Hamas, quant à lui, parle déjà d'unité palestinienne et fait des ouvertures en direction des Américains. Israël pourrait-il encore déstabiliser ce jeu d'échecs régional craignant d'être marginalisé dans ce bazar ou considérerait-il, au contraire, que des négociations avec l'Iran amélioreraient sa position stratégique en lui évitant des aventures militaires aux conséquences incertaines ?
Bien que les développements régionaux soient de bon augure pour le Liban, il serait encore trop tôt de pousser un « ouf » de soulagement.

