Cette décision, prise pour la sixième fois consécutive, n'est pas une surprise. La quasi-totalité des douze pays membres, qui pompent près de 40 % du pétrole mondial, ont en effet jugé adéquats les prix actuels du brut. Le baril oscille depuis un an dans une fourchette comprise entre 70 et 80 dollars, voire un peu plus comme ces derniers jours sous l'effet d'un accès de faiblesse du dollar. Ce niveau est considéré comme compatible avec les intérêts des producteurs et des consommateurs. Le ministre équatorien Wilson Pastor-Morris avait affirmé à l'ouverture de la réunion, au siège de l'organisation dans la capitale autrichienne, qu'il fallait « préserver » cette « relative stabilité ». Certains pays, comme la Libye et le Venezuela, ont toutefois exprimé leur souhait de voir le prix de l'or noir grimper encore.
Plusieurs facteurs sont « de plus en plus défavorables à l'OPEP », a estimé le chef de la délégation libyenne Chokri Ghanem, citant « l'érosion du dollar » et la hausse de certaines matières premières alimentaires. « Notre revenu réel diminue d'autant, nous aimerions voir un prix plus élevé, jusqu'à 100 dollars », a-t-il plaidé.
L'OPEP, qui vient de fêter son demi-siècle d'existence, a souligné hier les « risques persistants » qui planent sur l'économie mondiale convalescente, aura une nouvelle occasion d'évoquer le sujet le 11 décembre lors d'une réunion extraordinaire à Quito. L'Équateur, qui préside le cartel cette année, passera alors le relais pour 2011 à l'Iran, frappé par des sanctions internationales en raison des soupçons planant sur son programme nucléaire. Ce sera la première fois depuis 36 ans. Les Iraniens ont plusieurs fois réclamé la présidence de l'organisation sans l'obtenir, faute de consensus. L'Irak décroche de son côté la vice-présidence. Les deux voisins dirigeront donc le cartel au moment même où ils se disputent ouvertement le troisième rang pétrolier mondial à coups de réévaluations de leurs réserves prouvées de brut - une question qui sera cruciale lorsqu'il faudra à l'avenir demander à l'Irak, jusqu'ici dispensé de quotas, de s'y soumettre à son tour. Toutefois, la présidence de l'OPEP est surtout honorifique puisque les décisions se prennent par consensus sous la houlette officieuse de l'Arabie saoudite, de loin le premier producteur du bloc. Le communiqué final de la réunion ne dit rien des appels au respect des quotas lancés à Vienne par certains, notamment le représentant libyen. « Nous n'avons pas un bon pourcentage de respect et nous essayons d'améliorer cela », a concédé le secrétaire général de l'OPEP, Abdallah Salem el-Badri, lors d'une conférence de presse. « Je peux vous assurer que si la situation se détériore, l'OPEP prendra une décision concrète pour stabiliser à nouveau le marché. » La discipline s'est progressivement effritée, à tel point que les onze membres de l'OPEP soumis aux quotas n'appliquaient plus qu'à 54 % en septembre les baisses de la production qu'ils s'étaient eux-mêmes imposées, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).


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