Mais l'interdiction de la moto-taxi n'a pas empêché de telles attaques de se poursuivre dans d'autres provinces, comme celle menée le week-end dernier dans la province voisine de Daleh où un policier est mort. Pour Ghassan Cheikh, sous-préfet de Zinjibar, chef-lieu d'Abyan, les mesures prises par les autorités « ne règlent que partiellement le problème ». Le gouvernement devrait « indemniser » ou « trouver un emploi » aux propriétaires des quelque 2 000 motos interdites dans la province, estime-t-il. « Si les terroristes utilisent des voitures dans leurs opérations, l'État saisira-t-il les voitures des habitants ? », a demandé M. Cheikh, sceptique quant à l'efficacité de ces mesures pour contenir la violence.
Dans le reste du pays, les autorités ont pris une série de mesures contre les motards, leur imposant de ne plus circuler entre 20h00 et 06h00 et d'avoir une plaque d'immatriculation. Ces mesures ont suscité les protestations des propriétaires de moto-taxis, un gagne-pain pour de nombreux jeunes au Yémen, un pays pauvre où le chômage touche plus de 40 % de la population active. « Les autorités nous tracassent depuis que les motos ont été utilisées pour déstabiliser la sécurité et attaquer des responsables », affirme Mohammed Mohsen Nasr, 24 ans, qui utilise sa moto-taxi à Taëz (sud de Sanaa) pour faire vivre ses sept frères et sœurs depuis la mort en 2007 de ses parents. « Parfois, la police m'arrête pendant des heures pour m'interroger ou me faire chanter », poursuit M. Nasr, qui parvient les bons jours à gagner 14 dollars. « Les gens d'el-Qaëda commettent non seulement des actes criminels mais provoquent une psychose chez les usagers des motos », dit, indigné, Hussein Jarad, un fonctionnaire de 35 ans. Ce père de famille se sert de sa moto pour se rendre à son travail à Sanaa, mais il la loue également lors des fins de mois difficiles. Le gouvernement espère aussi par ses mesures réduire le nombre d'accidents de la circulation impliquant des motocyclistes, qui font en moyenne de 30 à 40 morts chaque mois, selon des statistiques officielles. Mais pour l'analyste Saïd Abid al-Ajmi, auteur d'un livre intitulé El-Qaëda au Yémen, l'interdiction des motos, n'a pas mis fin aux attaques terroristes », et le problème de la violence trouve surtout son origine dans les armes qui sont aux mains de la population. « Les tribus yéménites possèdent de véritables arsenaux qui ont été utilisés pour défier l'État et continuent à constituer une menace pour le pouvoir », souligne-t-il. Pour lui, avec un taux de chômage « de 54 % parmi les jeunes » et l'absence de l'État de certaines régions, « le phénomène du terrorisme ne peut que s'amplifier ».


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