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Culture - Concert

Tous avec la diva Feyrouz : oui, il y a de l’espoir !

Sept ans c'est long. Depuis le dernier récital de Feyrouz en 2003, le public libanais avait fini par ne plus trop y croire, les retrouvailles étant reportées d'année en année. Certes, les plus chanceux des fans l'avaient poursuivie de ville en ville, de Dubaï à Athènes. Mais les autres ? La plèbe féconde, la nation vibrante qui se raccroche encore à cette voix , la seule à pouvoir encore la fédérer ?
Au BIEL, les deux concerts de la diva auront été un événement.

Feyrouz, une voix toujours envoûtante. (Marwan Assaf)

La divine surprise du face-à-face promis a fait l'effet d'un électrochoc: sans tambour ni trompette, sans clip et sans billboard, sans la moindre publicité, sept mille places ont été arrachées en un jour. Nous allions, nous aussi, être arrachés au présent et vivre enfin un événement qui fasse sens dans un pays déboussolé. Le bouche-à-oreille avait traversé les frontières : les fans ont afflué d'Égypte, de Syrie, d'Arabie, du Koweït, des Émirats. Des Libanais ont embarqué spécialement d'Europe et d'Amérique pour venir retrouver, le seul Liban réel, celui de nos rêves.
La salle trépigne d'impatience. À l'arrière des milliers de fans, dont beaucoup ont vingt ans à peine, viennent la voir sans doute pour la première fois. À l'avant, des officiels, des nantis, des Saoudiennes, des Émiraties venues en bandes, sans voile et sans manteau, remplissent les travées en souriant d'extase. Toutes confessions confondues (ou oubliées), ils guettent, tendus, l'apparition de la déesse-mère en prêtant une oreille indulgente à l'orchestre. Lorsqu'enfin l'icône se manifeste en robe couleur de lune et que la voix éclate, l'assemblée des fidèles délire d'allégresse. Ma voisine écrase une larme aux premières notes de Sallemli ‘aley.
Toute la première partie est consacrée à Ziad avec son répertoire ancien et ses toutes nouvelles créations, attendues avec une certaine appréhension. Soixante ans après ses débuts dans la chanson, Feyrouz sort un nouvel album, distribué le soir même de la première. Et quel album ! Quatre nouveaux titres extraits de ce CD figurent au programme de la soirée. Sur des airs inattendus et novateurs, des paroles triviales qu'on n'oserait pas imaginer sortir de sa bouche, ravissent l'assistance. La magie opère à fond avec les tempos de Oussa zghiri ktir (une toute petite histoire) et la salle reprend avec elle le refrain de Ya salam, comme si toutes les personnes présentes connaissaient depuis toujours cette rengaine découverte depuis quelques secondes à peine. Mais l'émotion est à son comble avec Eh fi amal (oui, il y a de l'espoir), la chanson-phare du nouvel album. Un moment de grâce indicible avec cette valse inattendue qui sera très certainement un tube dans quelques jours et un monument de notre mémoire collective pour toujours.

Le mystère d'une voix
Après avoir raillé ma voisine, c'est mon tour de retenir les larmes, mais devant moi, à gauche, à droite, je les voix couler. Ces mots très simples sur les éternels malentendus de l'amour m'ont fait songer à Apollinaire, un Apollinaire de chez nous. La voix de la diva se fait plus chaude, elle sourit en ornant musicalement les «habibi», qui surgissent de notre enfance et de la nuit des temps. Elle feint de ne plus croire à l'amour renaissant et pourtant « fi amal », il est permis d'espérer.
Après le vin nouveau servi dans les outres neuves, toute la deuxième partie - aussi étonnante que la première - sera consacrée à de vieux millésimes, dont certains n'avaient pas été présentés depuis des dizaines d'année. Feyrouz aurait, dit-on, veillé personnellement à faire cette sélection surprenante mais judicieuse dans l'immense répertoire des frères Rahbani. Sa voix y gagne en puissance, reprend du brillant et se fait plus envoûtante avec des titres comme Ya rayt, ‘Attahouni, l'inquiétant Wata ddouar ou l'éclatant Hamra stayhatik hamra. Aucune concession à la facilité, à la démagogie, au folklore. Heureusement, pas une chanson dite «patriotique» dans ce programme. Séduits, ensorcelés, nous oublions les menaces de l'apocalypse annoncé depuis des mois, nous y devenons même indifférents. Le pays ne s'est-il pas toujours réfugié dans sa voix? Mais quel est donc le mystère de cette voix qui, depuis si longtemps, berce des générations de Libanais et d'Arabes? Quel est le secret de cette femme-légende avec laquelle et pour laquelle le temps s'est arrêté?
Malgré la longue, la très longue standing ovation, elle ne concède que deux bis: Immi namit ‘a bakkir reprise par des milliers de gosiers qui se lâchent, chantent et applaudissent frénétiquement et Boukra birja' bou'af ma'koun. La joie viendra toujours après la peine. Les jours s'en vont, la voix demeure.


La divine surprise du face-à-face promis a fait l'effet d'un électrochoc: sans tambour ni trompette, sans clip et sans billboard, sans la moindre publicité, sept mille places ont été arrachées en un jour. Nous allions, nous aussi, être arrachés au présent et vivre enfin un événement qui fasse sens dans un pays...

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