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Économie - Procès Kerviel

Lourdement critiquée, la SG renonce aux 4,9 milliards d’euros

Noyée sous les critiques, la Société générale a entendu la suggestion du gouvernement Fillon.

Jerôme Kerviel en couverture du quotidien « Le Télégramme ». Fred Tanneau/AFP

La Société générale a annoncé hier soir renoncer à réclamer à Jérôme Kerviel la totalité des 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts auxquels il a été condamné mardi, un montant qui correspond aux pertes attribuées en 2008 par la banque aux malversations de son ex-trader.
« Il n'est pas question d'aller réclamer de telles sommes à un homme seul », a affirmé Caroline Guillaumin, sur France Info, qui a toutefois laissé entendre que la banque ne renoncerait pas à toute indemnisation.
« Attendons le résultat de l'appel et après, on pourra revenir sur la question des dommages et intérêts », a-t-elle déclaré.
Outre les 4,9 milliards d'euros, l'ex-trader a été condamné mardi à Paris à cinq ans de prison, dont trois ferme.
Immédiatement, éditoriaux, blogs, « twitts », appels lors d'émissions de débat en radio, les réactions ont souvent exprimé un malaise voire une révolte face à un jugement qui exonère totalement la Société générale de toute responsabilité pour les pertes colossales de la banque.
Faisant écho à l'émotion populaire, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, avait suggéré hier matin que la banque puisse « faire un geste », sous-entendant qu'elle pourrait renoncer à tout ou partie des 4,9 milliards.
Dès mardi soir, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme des marchés, Jean-Pierre Jouyet, avait affirmé comprendre « que ce qui puisse choquer, c'est le fait que vous ayez cinq milliards à rembourser pour un particulier quel qu'il soit », relevant des manquements de la banque.
L'association altermondialiste Attac France a dénoncé hier un « scandale énorme », affirmant que « jamais aucune multinationale, aucun PDG, aussi criminels soient-ils, n'ont été condamnés aussi lourdement ».
« Il n'y a aucune nuance dans ce jugement, qui donne le sentiment, vu de l'extérieur, qu'on blanchit la Générale », a dénoncé de son côté Alain Treviglio, délégué national du syndicat CFDT de la Société générale.
Si le jugement fait état, ici ou là, d'un « manquement », ou qualifie de « regrettable » l'absence d'analyse fouillée concernant certaines données internes, il se refuse à lier les insuffisances supposées du système de contrôle et la perte finale.
M. Treviglio rappelle pourtant que la banque a elle-même reconnu l'existence de failles dans le contrôle de ses activités de marché. Elle a d'ailleurs engagé un plan d'investissement de 150 millions d'euros pour le renforcer.
« Jérôme Kerviel est coupable, mais il n'est pas tout seul », a aussi estimé Colette Neuville, présidente de l'Association des actionnaires minoritaires (ADAM), jugeant sa responsabilité « pour le moins partagée » avec son ancien employeur.
Pour autant, le costume de victime dont est désormais habillé Jérôme Kerviel ne plaît pas à tout le monde.
Ce jugement à sens unique favorise les amalgames qui collent aux marchés financiers, estime Pierre-Antoine Dusoulier, président de Saxo Banque France et ancien trader.
« Les gens se disent : tous pourris. Ils pensent que la Société générale n'avait aucun système de contrôle. Mais ce n'est pas vrai », assure-t-il.
Pour lui, le profil de Jérôme Kerviel est très différent de celui de ses anciens condisciples des salles de marché qui, s'ils sont souvent mus par leurs bonus, restent rationnels.
« Son problème, ce n'était même pas la cupidité. Cela va au-delà de ça », considère-t-il, estimant qu'il « faisait cela parce qu'il aimait contourner le système ».
La Société générale a annoncé hier soir renoncer à réclamer à Jérôme Kerviel la totalité des 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts auxquels il a été condamné mardi, un montant qui correspond aux pertes attribuées en 2008 par la banque aux malversations de son ex-trader.« Il n'est pas question d'aller réclamer de telles sommes à un homme seul », a affirmé Caroline Guillaumin, sur France Info, qui a toutefois laissé entendre que la banque ne renoncerait pas à toute indemnisation.« Attendons le résultat de l'appel et après, on pourra revenir sur la question des dommages et intérêts », a-t-elle...
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