« Chers Libanais, à la lecture des derniers développements que connaît la scène locale concernant le TSL, des positions des différentes parties locales, régionales et de la communauté internationale ainsi que des tensions et risques engendrés par ce dossier sur la situation au Liban, j'ai convoqué une réunion extraordinaire du Majless el-Choura du parti, qui a évalué cet épineux dossier sous tous ces angles.
« Nous avons abouti à la conclusion qu'il ne nous sera pas possible de nous opposer à un éventuel acte d'accusation du TSL, sans occasionner sur la scène libanaise un surcroît de problèmes dont pâtiraient toutes les composantes de ce pays. Nous avons en vain essayé par tous les moyens en notre pouvoir de nous opposer à un éventuel acte d'accusation qui ciblerait la Résistance.
« Nous avons donc décidé, par souci de protéger le pays, la mémoire de nos martyrs et les acquis de la Résistance, de coopérer positivement dans le cas où l'acte d'accusation devait mettre en cause certains éléments indisciplinés de notre parti dans l'assassinat du président martyr Rafic Hariri. S'il s'avère que les preuves qui seraient contenues dans l'acte d'accusation sont fabriquées et montées de toutes pièces, nous nous allierons à tous les Libanais dans la défense de nos militants et de cette nouvelle agression contre la Résistance, répondant ainsi aux promesses et déclarations publiques émanant de nos alliés et opposants à la recherche unique de la vérité. Nous exploiterons toutes les possibilités de défense mises en place par le tribunal.
« Si l'acte d'accusation devait comporter des preuves irréfutables de cette implication, nous ne défendrons pas ceux qui auraient été impliqués et les accompagnerons par nos prières en enfer. Nous entamerons alors une profonde révision de notre positionnement sur la scène locale et entreprendrons d'en discuter les termes , notamment sur le plan de notre organisation militaire, au sein du Comité national du dialogue en vue de mettre en place le plus vite possible une formule qui garantisse la pérennité de nos principes, mais au sein des institutions officielles et avec le concours d'une société libanaise en paix avec elle-même et prête mieux que jamais à affronter les périls et menaces, internes et externes, que pourrait subir le Liban... »
Imaginons pour un court moment l'impact d'une telle déclaration sur les acteurs locaux, régionaux et internationaux. Tout le spectre politique et confessionnel libanais applaudirait à l'unisson cette décision, adversaires et alliés du parti de Dieu, un peu embarrassés, entonneraient de concert un « ouf ! » de soulagement et salueraient la courageuse et transparente décision en attendant de se créer de nouvelles marques pour accompagner cette nouvelle situation.
Les gouvernants arabes, satisfaits de cette décision, étoufferaient l'étincelle d'une confrontation sectaire dont ils auraient bien voulu se passer.
L'Iran verrait son influence sur ses voisins quelque peu restaurée à la veille de nouveaux positionnements régionaux et difficultés économiques accrues.
La Syrie, en meilleure posture vis-à-vis des composantes sunnites arabes, serait mieux armée pour consolider son attentisme sur différents dossiers.
Le public arabe, majoritairement fier, serait soulagé par cette décision qui épargne le Liban et restaure la crédibilité de la Résistance.
L'Occident et la communauté internationale réviseraient leurs plans à la lumière de cette situation qui ouvre de nouvelles pistes vers le dialogue.
Surtout, les Libanais seraient confortés par cette reconnaissance de la primauté du droit et des institutions, porteuse de tant d'espérances quant à l'avenir. Les familles des martyrs de tous bords se sentiraient elles aussi rassurées quant à la signification des sacrifices consentis par les leurs. Enfin, le Hezbollah serait remis en selle sur les plans politique et populaire et se trouverait enfin protégé, quel que soit le verdict du tribunal.
Un scénario de rêve ? Plutôt la vraie, l'unique porte de sortie, avec pratiquement aucun perdant.
Qu'est-ce qui rend donc ce scénario improbable, si ce n'est un dessein caché ou une folle illusion ? Le sayyed devrait bientôt se prononcer; nous étonnera-t-il ou bien continuera-t-il de nous empêcher de rêver ?

