À ce petit pays d'Afrique de l'Ouest ravagé par une guerre civile de 11 ans (1991-2002), on associait volontiers des images d'enfants-soldats démobilisés, de chefs rebelles jugés pour « crimes contre l'humanité ». À présent que la paix est revenue, il retrouve une place dans les pages économiques des journaux, les investisseurs étrangers n'ayant pas tardé à affluer.
La Sierra Leone était un « pays très violent » devenu « l'un des plus paisibles de toute l'Afrique de l'Ouest », relève Lansana Gberie, chercheur à l'Institut de recherches sur la sécurité (Institute for Security Studies) à Addis-Abeba, joint par téléphone depuis Dakar.
« Mais il y a des problèmes autour des questions de gouvernance », ajoute ce chercheur. Les accords signés dans le domaine minier « n'ont pas été très transparents et certains d'entre eux ont même été tout à fait illégaux. La question de la corruption est très réelle », dit-il, en assurant que certains accords récents violent des dispositions-clefs de la loi de 2009 sur les mines.
En août, la société African Minerals, cotée à la Bourse de Londres, a obtenu le droit d'étendre ses opérations à Tonkolili, au nord du pays, où elle dit avoir découvert des réserves de minerai de fer de 10,5 milliards de tonnes. Elle a signé un mémorandum avec le sidérurgiste Shandong Iron & Steel Group, aux termes duquel ce groupe chinois versera 1,5 milliard de dollars pour une prise de participation de 25 % dans le projet de Tonkolili.
De son côté, la compagnie britannique London Mining Company affirme vouloir investir 300 millions de dollars en quatre ans dans la mine de fer de Marampa.
Quant à la société suisse Addax Bioenergy, elle développe un gigantesque projet de production d'éthanol à partir de la canne à sucre.
Enfin, des gisements de pétrole ont été découverts au large des côtes et le pays possède des mines de diamants, de la bauxite ou encore de l'or.
Ainsi, bien des ressources naturelles restent encore inexploitées dans ce pays toujours classé parmi les plus pauvres du monde.
« Cela représente des milliards de dollars », affirme Berhanemeskel Nega, chef adjoint du Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (Binucsil), interrogé par l'AFP à Dakar.
« C'est une occasion pour le pays de sortir de sa dépendance à l'aide étrangère, mais c'est aussi un risque », dit-il.
Car des observateurs commencent à évoquer « la malédiction des ressources naturelles », dont l'exploitation bénéficie rarement aux économies nationales.
À New York, le représentant spécial de l'ONU en Sierra Leone, Michael von der Schulenberg, a déclaré devant le Conseil de sécurité que « c'est la taille des deux contrats d'exploitation du minerai de fer qui suscitent le malaise ».
« Si des déclarations officielles sont correctes, le chiffre d'affaires (de Tonkolili) seul dépasserait les capacités financières et organisationnelles du gouvernement lui-même », a-t-il ajouté.
Selon von der Schulenberg, les préoccupations concernant ces accords miniers et « la capacité économique donnée à un simple investisseur étranger » devraient « être prises au sérieux ».
De son côté, le ministère sierra-léonais des Mines évoque la perspective d'ouverture de nouvelles mines pour l'exploitation de l'or et des diamants dans les trois à cinq ans. Et il affirme que les revenus annuels tirés de l'exportation des ressources minières pourraient dépasser les 370 millions de dollars.


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