La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a prononcé hier un discours-fleuve au centre de réflexion CFR (Council on Foreign Relations) à Washington. Mark Wilson/Getty Images/AFP
Le monde « attend de l'Amérique non seulement qu'elle s'engage, mais qu'elle dirige », a estimé la chef de la diplomatie américaine dans un long discours au centre de réflexion CFR (Council on Foreign Relations). « Le monde regarde vers nous », a-t-elle exposé, « parce que l'Amérique a la capacité, et la volonté, de mobiliser l'effort partagé nécessaire pour résoudre les problèmes mondiaux, dans la défense de nos propres intérêts, mais aussi en tant que force de progrès. » « En cela, nous sommes sans rival », a-t-elle assuré. « Quand des adversaires de longue date ont besoin d'un intermédiaire honnête, quand les libertés fondamentales ont besoin d'un champion, les gens se tournent vers nous. Quand la terre tremble ou que les rivières débordent de leurs lits, quand les pandémies font rage ou que des tensions latentes se transforment en violences, le monde regarde vers nous », a encore dit Mme Clinton. Les États-Unis, « meilleur espoir dans un monde dangereux », demeurent « engagés à maintenir l'armée la plus puissante dans l'histoire du monde » ; mais ils croient plus que jamais dans une diplomatie « qui encourage la coopération, décourage le fait de se tenir à l'écart, et défend contre ceux qui sont opposés au progrès », a-t-elle ajouté.
Hillary Clinton a cité en exemple le traitement du dossier nucléaire iranien, dans lequel Washington a d'abord tendu la main à Téhéran, avant de rallier patiemment les membres du Conseil de sécurité de l'ONU autour des plus fortes sanctions jamais adoptées contre la République islamique. À l'inverse des administrations précédentes, l'administration Obama veut faire savoir qu'elle mise sur les institutions internationales - Mme Clinton a insisté sur la nécessité de revigorer le Conseil de sécurité -, tout comme elle mise sur le G20 et sur l'utilité des Nations unies pour combattre le réchauffement du climat.
Bien des éléments de « la nouvelle architecture mondiale » restent à concevoir, a-t-elle aussi suggéré. « Résoudre aujourd'hui les problèmes de politique étrangère exige que nous réfléchissions sur un plan régional et mondial afin de voir les interactions et les connexions entre les pays, les régions, les intérêts, et pour rassembler les gens comme seule l'Amérique peut le faire. » Les questions du développement et des puissances émergentes (Chine, Inde, Brésil, Russie, etc.) manifestent aussi l'approche volontaire de l'équipe Obama. « Aider un pays à sortir de la pauvreté, a affirmé Mme Clinton, est un impératif (...) aussi central que la diplomatie ou la défense pour promouvoir les intérêts américains ». C'est « un pari sur l'avenir, dans lequel de plus en plus de pays pourront contribuer à résoudre les problèmes de leur région et au-delà », a-t-elle ajouté. Quant aux pays « émergents », leur responsabilité augmente avec leur puissance. À eux « d'accepter leur part du fardeau des problèmes mondiaux », et de « respecter un ensemble de règles ».
Les États-Unis, a encore souligné Mme Clinton, entendent « défendre la démocratie » et ne pas masquer les désaccords de fond avec ces pays, comme « les droits de l'homme avec la Chine, ou l'occupation russe de la Géorgie ». Mais là encore, l'Amérique veut « établir des relations positives, durables et productives, aptes à survivre aux moments de désaccord ».
En outre, Mme Clinton s'est prononcée pour une Union européenne « plus forte », appelant au passage les pays de l'OTAN à être plus « solidaires ». Les États-Unis de Barack Obama travaillent à renforcer leurs liens « bilatéraux et multilatéraux » avec l'Europe, a-t-elle assuré. Après le traité de Lisbonne, a estimé Mme Clinton, « le rôle mondial de l'UE s'accroît, ce qui développe et change notre relation. Il y aura des complications, dues à notre ajustement à de nouveaux acteurs influents, comme le Parlement européen ». « Mais ce sont des débats entre amis, qui seront toujours secondaires par rapport aux intérêts et aux valeurs fondamentales que nous partageons », a-t-elle poursuivi, ajoutant : « Il ne fait pas de doute qu'une Union européenne plus forte est bonne pour l'Amérique et pour le monde. »
La secrétaire d'État US a également salué l'OTAN, « l'alliance la plus réussie au monde ». Elle a rappelé la contribution de celle-ci à la guerre en Afghanistan, tout en glissant une allusion au retrait de leurs troupes annoncé par plusieurs pays membres. Dans son discours, elle a souligné que « le partage de responsabilité » était « un principe central de toutes nos alliances ». « Nous contribuons pour notre part, souvent la plus grande, mais nous attendons aussi beaucoup des gouvernements et des peuples avec lesquels nous travaillons », a-t-elle lancé.


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