De son vrai nom Ismaïl al-Lami, Abou Dira, hajj Ismaïl ou encore Abou Haïdar - du nom de son fils qui a perdu un bras durant les affrontements avec l'armée américaine - a été un responsable militaire de l'Armée du mahdi, la milice du chef radical Moqtada Sadr, avant de fuir en Iran en 2008. Pour plusieurs habitants de ce quartier défavorisé, la reprise des tirs de roquettes sur la « zone verte », secteur ultraprotégé de la capitale où se trouvent les ministères et l'ambassade des États-Unis, est liée à sa présence.
« Les roquettes sont tirées à partir de chez nous. Le calme était revenu et maintenant, avec lui, les ennuis et les assassinats vont recommencer », ajoute Abou Qassem. « Je peux vous assurer que 60 % des habitants de Sadr City sont contre le retour des violences confessionnelles. Ils veulent le calme », assure de son côté Abou Ali, un retraité de 70 ans.
C'est surtout durant la guerre confessionnelle de 2006 et 2007 que cet homme âgé d'une quarantaine d'années, le visage rond en partie caché par une barbe noire et courte, s'est illustré en tuant de nombreux sunnites et en jurant de débarrasser la capitale de cette communauté. Les sunnites l'avaient surnommé le « Zarqaoui chiite », en référence à Abou Moussab al-Zarqaoui, le premier chef d'el-Qaëda en Irak qui avait déclenché une guerre sans merci contre les chiites. « Abou Dira n'est pas différent des autres terroristes, comme Zarqaoui. L'État doit le traquer, le juger et le pendre place Tahrir pour venger tous les gens qu'il a tués », a affirmé Omar al-Bayati, un fonctionnaire de 35 ans du quartier sunnite de Azamiya.
Interrogé par l'AFP, le général Qassem Atta, porte-parole du commandement militaire de Bagdad, a démenti sa présence. « C'est totalement faux », a-t-il dit sans réussir toutefois à calmer l'inquiétude des gens. Citant une source de sécurité, le quotidien en langue arabe Asharq al-Awsat affirme qu'après avoir échoué dans ses études, Abou Dira vendait du poisson avec son père sur le marché Mraïdi à Sadr City. Ayant obtenu le grade de sergent dans l'armée sous Saddam Hussein, il avait ensuite déserté et n'était réapparu qu'après l'invasion conduite par les États-Unis en 2003. D'abord gangster écumant les entrepôts durant le chaos qui avait suivi l'arrivée des Américains, il était devenu un tueur assassinant les anciens membres du parti Baas, des soldats puis les sunnites.
« La présence de personnes indésirables comme lui peut conduire à la violence à Sadr City alors que le quartier connaît actuellement le calme et la stabilité », a affirmé à l'AFP Karim al-Assadi, du bureau du mouvement Sadr à Sadr City. « Les ordres de notre chef Moqtada Sadr sont très clairs : il faut rejeter de notre mouvement les gens comme lui car ils attaquent des Irakiens, et nous ne pouvons tolérer aucune attaque contre des Irakiens quelle que soit la communauté à laquelle ils appartiennent », a ajouté ce responsable qui dit « ne pas croire à son retour ».
En novembre 2008, la rumeur avait déjà couru sur sa prétendue présence. Mais pour les sunnites, ces bruits ravivent le souvenir d'une période douloureuse.


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