En plus d’être malades et démunis, les enfants qui ont été séparés de leurs parents sont psychologiquement traumatisés.A. Majeed/AFP
Dans les écoles et collèges transformés en camps de fortune, dans les villages de tentes qui ont poussé le long des grandes routes, on trouve souvent leurs frêles silhouettes prostrées sous l'étouffante chaleur, pliées par les maux de ventre ou s'agitant pour trouver quelque travail. « Ce sont les pires journées de ma vie », raconte Iltaz Begum, 15 ans, qui souffre de diarrhées dans les faubourgs boueux de Nowshera (Nord-Ouest). « J'ai dû laisser ma mère, aveugle, derrière moi, sans personne pour la surveiller. Mon père est mort il y a deux ans », dit-elle au milieu du camp de tentes installé par le gouvernement, dépourvu d'électricité, infesté de mouches et imprégné d'une forte odeur d'excréments.
Iltaz n'est qu'une goutte dans l'océan de besoins humanitaires que l'ONU tente de satisfaire en multipliant les appels à l'aide internationale. Dimanche, son secrétaire général Ban Ki-moon s'est dit « bouleversé » par le sort des réfugiés qu'il est allé voir lui-même dans le sud du pays. « Beaucoup ont perdu leurs familles et amis. Et un nombre encore plus grand (de sinistrés) ont peur que leurs enfants et proches n'y survivent pas », a-t-il souligné.
Six millions d'enfants ont été affectés par les inondations, selon Sami Abdul Malik, porte-parole de l'Unicef, qui leur distribue des biscuits hypercaloriques pour éviter la malnutrition qui fait le lit d'autres maladies. Ceux que les inondations ont rendus orphelins ou séparés de leurs parents sont psychologiquement traumatisés, en plus d'être malades et démunis.
« Jusqu'à 3,5 millions d'enfants sont fortement exposés au risque de maladies hydriques mortelles liées à la diarrhée, comme la dysenterie », a indiqué Maurizio Giuliano, porte-parole du Bureau des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), évoquant également les risques d'hépatite A et E, et de typhoïde.
Les inondations ont déjà fait environ 1 600 morts, selon l'ONU. Islamabad a confirmé 1 384 décès.
Le secrétaire général de l'ONU a demandé à la communauté internationale d'accélérer l'arrivée de son aide. L'ONU a lancé un appel de fonds de 460 millions de dollars pour secourir d'urgence les six millions de sinistrés les plus vulnérables, tout en prévenant qu'il faudrait des milliards à plus long terme pour reconstruire les villages et infrastructures, et reconstituer les récoltes.
Les agences humanitaires de l'ONU s'inquiètent de la lenteur de la réponse à l'appel de fonds international et redoutent une « seconde vague » de décès due aux maladies. Selon les bureaux de l'OCHA à Genève, l'ONU n'a récolté pour l'instant que 20 % des fonds demandés. Le Pakistan est victime d'un « déficit d'image (...) dans les opinions publiques occidentales », et « l'ampleur des inondations a pris de court tout le monde », a estimé sa porte-parole en Suisse, Elizabeth Byrs. Selon des responsables pakistanais, environ un quart du pays, qui s'étend sur quelque 800 000 kilomètres carrés et compte 167 millions d'habitants, aurait été affecté par les inondations depuis trois semaines.
Hier, pour protester contre l'absence d'aide, plusieurs centaines de personnes ont bloqué pendant plus d'une heure la principale route reliant le Pendjab à la capitale économique Karachi (Sud). « Nous n'avons ni nourriture ni abri. Nous avons besoin d'une aide d'urgence », ont crié les manifestants, dont des femmes et des enfants.


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