Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, accompagné des membres du Haut Conseil militaire, lors d’une cérémonie en l’honneur de Mustafa Kemal Atatürk, le 1er août. Le bras de fer opposant le gouvernement à l’armée a tourné, pour le moment, à l’avantage du parti de M. Erdogan, qui tient les rênes du pouvoir. Adem Altan/AFP
Le gouvernement et les militaires ont à présent jusqu'à la fin du mois pour s'entendre sur le nom du nouveau chef des forces terrestres et débloquer la situation, estiment les analystes, qui voient dans le résultat du YAS un revers de l'armée, peu habituée à être contredite par l'autorité politique. « Cette querelle va se terminer de la manière voulue par le gouvernement. L'armée, qui a fait une erreur d'évaluation, est entrée en conflit avec un risque élevé de défaite. Il semble qu'ils vont devoir en subir les conséquences », a commenté Murat Yetkin, du quotidien libéral Radikal. « Quoi qu'il leur en coûte, les militaires vont devoir faire ce que l'autorité civile juge souhaitable », a-t-il ajouté.
L'armée, qui se considère comme la gardienne du régime laïc et a déjà renversé quatre gouvernements en 50 ans, est en conflit avec l'AKP depuis son arrivée au pouvoir en 2002, qui a fait redouter dans une partie de la société une remise en cause de la laïcité en Turquie. Dans le cadre du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, l'AKP a voté plusieurs lois limitant les pouvoirs des militaires. La lutte a gagné l'an dernier la sphère judiciaire avec l'arrestation de dizaines d'officiers d'active ou à la retraite pour leur implication supposée dans différents complots visant à renverser l'AKP.
Pour l'analyste Wolgango Piccoli, de l'institut de consultants Eurasia, l'apparente victoire du gouvernement lors du YAS est porteuse de nouvelles tensions. « Le gouvernement a apparemment remporté une bataille, mais elle va coûter cher car ils courent le risque de s'aliéner encore davantage les militaires » en recourant à des enquêtes judiciaires pour bloquer les carrières d'officiers supérieurs, a déclaré M. Piccoli. Si les civils ont désormais davantage de poids dans la nomination des chefs de l'armée, on aurait tort de crier à une « victoire de la démocratie », a estimé l'éditorialiste Asli Aydintasbas dans le quotidien Milliyet. « Dans un pays normal, un procureur ne va pas ouvrir d'enquête contre un commandant dont le gouvernement ne veut pas, juste quand sa promotion est en jeu », a-t-elle écrit.
Hande CULPAN (AFP)


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