Youmna Ziadé Karam, « Ni qu’on m’empêche ni qu’on me force ! »
Sa curiosité personnelle l'a souvent poussée à profiter de chaque expérience, études, voyages, boulot. Le droit à l'USJ, « j'ai très vite su que je ne pratiquerais jamais le métier d'avocat, seul le droit public m'intéresse et au Liban il est quasi inexistant, », avoue-t-elle, puis Science Po à Paris. « Des années magnifiques avec des gens d'horizons différents, une formation qui mène à tous les domaines, contrairement aux idées reçues, et qui m'a donné une méthodologie, une ouverture d'esprit et un bagage solide. »
Sept ans au sein d'une banque familiale et aujourd'hui heureuse gestionnaire de projets à la BLC, elle précise : « C'est naturellement là où j'aurais été. Ce poste stimule l'esprit et ça me va », précise-t-elle. Elle a évité la politique, pourtant une option familiale choisie par son père, l'ancien député et le vice-président du mouvement du Renouveau démocratique, Camille Ziadé. « L'action politique m'interpelle, bien plus que son univers. » Alors comment une femme dans les affaires, rat des villes dans le civil, devient-elle en même temps rat des champs, agricultrice et productrice ? « Une histoire simple », dit-elle. Comme une évidence.
Héritage et transformation
« Nous avions ce terrain de 50 000 m à Ghedress, acheté avant 1975 sur insistance du regretté Pierre el-Khoury. Une sublime ruine située au bout du monde, nous semblait-il alors. » La maison lentement remise à neuf, la terre, généreuse et peu rancunière, se met à offrir naturellement, si l'on peut dire, des noix, des amandes, du thym et du semmac. « J'ai pensé qu'il fallait en faire quelque chose... Et puis, je ne sais pas comment, un concours de circonstances, l'idée m'est venue. »
L'heureux concours de circonstances était, avec le retour de Youmna de France, ce terrain et cette maison qui prenaient vie et âme, et l'émergence de Souk el-Tayeb, alors situé au parking de Sofil. « Sous la maison de mes parents ! J'ai commencé à proposer mes amandes, mes noix et mes fruits secs sur une petite table, poursuit-elle. Ils n'étaient pas encore certifiés bio. Les gens en redemandaient. » Pourquoi pas ?, se dit alors la jeune femme que rien ne freine quand elle a un projet. Elle plante peu à peu des radis, des blettes, des choux, des choux-fleurs, des brocolis, des haricots, des tomates, des herbes, « tous les légumes et ingrédients que nous utilisons dans notre cuisine », souligne-t-elle. Des choses simples. Petit à petit, et en attendant une certification qui a pris plus d'un an à se faire, elle réhabilite d'autres parcelles du terrain et se diversifie. Ce qui, à la base, n'était qu'une fantaisie est devenu une passion et un label certifié. Et lorsqu'un client lui demande : « Vous ne livrez pas ? » elle répond, en prenant la décision sur le coup : « O.K., je livre ! » Et c'est ainsi que, outre Souk el-Tayeb les samedis à Saïfi et Souk el-Ard à Hamra les mardis, les commandes se font via Internet et arrivent à domicile trois jours plus tard. Seul problème, et il est de taille : « Je n'arrive pas à assurer une plus grande production ! J'ai une centaine de personnes sur listes d'attente et je ne peux pas, sur mon terrain, produire une plus grande quantité. » Alors, Youmna tente les plans B. Elle part à la recherche de terrains, « j'en ai analysé quelques-uns, sol et eau. Je n'aurais jamais de certificats, il faudrait attendre des années pour qu'ils soient complètement épurés. Sinon, les terrains sont trop loin et exigent une infrastructure différente. » Elle part aussi à la rencontre de producteurs certifiés et collabore avec quelques-uns, leur achetant des fruits ou des légumes précis. « Mais ce n'est pas assez... Je suis sûre qu'il y aura une solution, conclut cette éternelle optimiste. Notre pays doit se diriger vers une agriculture plus saine, qui ne soit pas une agriculture de riche. Et pouvoir exporter, car la demande existe. »


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