Une photo de Dominique Lempereur-Cottrez tirée de sa page Facebook. Photo AFP
L'affaire pourrait être le plus grave dossier d'infanticide jamais mis au jour en France. « Il s'agit d'une affaire hors norme compte tenu du nombre important de nouveau-nés » retrouvés, a dit le procureur de Douai, Éric Vaillant, lors d'une conférence de presse. Les enfants auraient été étouffés à la naissance par leur mère, qui a accouché seule, entre le début des années 1990 et 2006 ou 2007 après la naissance de deux filles vivantes aujourd'hui, selon la déposition de la suspecte.
Niant tout « déni de grossesse », elle a reconnu avoir été consciente d'être enceinte et a expliqué aux enquêteurs qu'elle ne voulait plus d'enfants.
Son mari, Pierre-Marie Cottrez, charpentier, a été entendu comme témoin assisté et laissé en liberté, contrairement aux réquisitions du parquet qui demandait sa mise en examen pour « non-dénonciation de crimes et recel de cadavres ». Il semble avoir découvert les crimes avec les gendarmes. « Le ciel lui est tombé sur la tête », dit Éric Vaillant.
La justice poursuit les investigations pour trouver éventuellement d'autres cadavres, mais Dominique Cottrez a assuré aux enquêteurs qu'il n'y avait que huit victimes. Des expertises psychologiques et psychiatriques vont également être ordonnées.
L'aide-soignante est décrite par son voisinage comme une personne de forte corpulence, ce qui pourrait expliquer qu'elle ait pu dissimuler ses grossesses. « Elle explique que son premier accouchement s'est très mal passé à cause de sa forte corpulence, donc elle ne voulait plus voir de médecin pour une contraception », a dit le procureur. Dominique Cottrez est également décrite comme timide et discrète. « Elle sortait peu, elle participait moins à la vie de la commune, mais on ne s'est aperçu de rien », a dit aux journalistes le maire du village, Patrick Mercier. Son mari est élu au conseil municipal.
L'affaire a débuté le week-end dernier lorsque les nouveaux propriétaires de l'ancienne maison du couple ont creusé un trou dans le jardin pour planter un arbre et découvert deux cadavres. Prévenue, la gendarmerie a placé en garde à vue les parents présumés, qui habitent à quelques centaines de mètres de leur ancienne résidence, mardi matin. Dominique Cottrez a reconnu les deux crimes, puis fait état de quatre autres et conduit les enquêteurs aux cadavres, dissimulés dans divers endroits de sa nouvelle maison.
Hier, le prêtre du village, l'abbé Robert Meignotte, a disposé huit petites bougies devant le portail de la maison du couple « pour ces petits qui n'ont pas demandé à naître et qu'on jette quelques heures après ».
Les infanticides multiples de nouveau-nés ne sont pas exceptionnels, même si ce cas constituerait le plus important en France depuis une trentaine d'années. L'affaire la plus célèbre dite des « bébés congelés » est celle des époux Courjault, dans laquelle Véronique Courjault, 41 ans, avait été condamnée le 18 juin 2009 à 8 ans de prison pour le meurtre de trois nouveau-nés, commis en 1999 en France, en 2002 et 2003 en Corée du Sud, à l'insu de son mari.
Dans ces deux affaires, les conjoints n'ont pas été jugés car il a été établi qu'ils avaient ignoré grossesses et homicides.


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