Les enfants des expatriés palestiniens ont profité de leur séjour à Taybeh pour découvrir le pays de leurs ancêtres. Jaafar Ashtiyeh/AFP
Cette 15e édition du Festival des expatriés est un moment fort pour Taybeh qui a vu revenir quelque 300 expatriés originaires du village, partis pour l'« Amerrika » (Amérique) en quête d'une vie meilleure. Elle s'est ouverte à la mi-juillet avec un défilé mené par les scouts de Taybeh, en présence du patriarche latin émérite de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, de l'archevêque orthodoxe Mgr Atallah Hanna, du ministre du Tourisme de l'Autorité Palestinienne, Mme Khouloud Douaibess, des sommités civiles et religieuses de Taybeh, des membres de l'UTAA et des villageois.
Pour le maire de Taybeh, David Canaan Khoury, ancien expatrié à Boston rentré au pays à la suite des accords de paix d'Oslo (1993), la visite de l'UTAA « ne va pas seulement soutenir notre moral mais aussi notre économie, et nous encourager à rester comme des témoins vivants dans cette terre que le Christ lui-même a sanctifiée ». « Même si vous nous trouvez maintenant derrière le mur (de sécurité israélien) et sous occupation, nous gardons la foi qu'un jour, nous pourrons vous accueillir dans une Palestine libre », ajoute à l'adresse des exilés M. Khoury, fondateur avec son frère Nadim de la brasserie locale Taybeh Beer et de la célèbre « Taybeh Oktoberfest ».
Pendant dix jours, les cousins d'Amerrika ont eu droit à des visites guidées du village et des alentours, mais aussi de Jérusalem, Bethléem, Jéricho et la mer Morte qui ont permis à ces Palestiniens de l'étranger de renouer avec leurs racines - et à leurs enfants, nés américains, chiliens ou guatémaltèques, de découvrir le pays de leurs ancêtres. À Ramallah, ils ont été fleurir les tombes du poète Mahmoud Darwich et de Yasser Arafat.
La plupart des 300 visiteurs, souvent en famille, logent dans les maisons qu'ils possèdent encore dans le village, ou bien chez des parents. Les autres ont pris leurs quartiers dans les maisons d'hôte de la paroisse latine (romaine catholique). Au programme : spectacles, concerts, bingo, projections de films, conférences sur l'histoire de Taybeh et de la Palestine, pique-nique, camp d'été pour les enfants et les inévitables matchs de foot entre équipe locale et « américaine ».
La convention s'est achevée hier par une marche jusqu'au Khader, l'antique église byzantine qui symbolise l'identité et l'unité de Taybeh. La 16e édition aura lieu l'an prochain au Guatemala. À l'issue de son assemblée générale, l'UTAA a décidé d'organiser désormais sa convention annuelle tous les cinq ans à Taybeh. « C'est très important de garder un lien direct et régulier avec notre patrie », confie le père Constantin Nasser, prêtre de la paroisse orthodoxe de Saint-Élisée à Oklahoma City. Avec son propre père, il est l'un des fondateurs de l'UTAA et un fidèle bienfaiteur de Taybeh.
Cette année, entre autres initiatives philanthropiques, les élèves les plus méritants au « tawjihiyeh », le baccalauréat palestinien, recevront des bourses d'études de 1 000 et 500 dollars. « Si la paix venait sur le pays, de nombreux expatriés rentreraient vivre ici », assure Hani Habache, citoyen américain de 56 ans, qui n'avait pas vu son village depuis 1978.
Benoît LABRE (AFP)


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