Internet se veut le lieu de la découverte. De l'ouverture. Ouverture néanmoins altérée par le fait qu'Internet est aussi le lieu de la rapidité, du multi-tâche. Le lieu de la lectura interrupta, variations allegro autour des liens hypertextes. Internet, outil médiatique à l'origine, selon certains, du mal du siècle des sociétés dites civilisées : le trouble du déficit de l'attention.
Vie paradoxale que celle qui règne sur Internet. Pour fidéliser l'internaute, on mise sur le changement. Titiller avec constance les attentions déficientes, telle est la règle pour ne pas perdre le lecteur de presse en ligne. Les sites des journaux jouent le mouvement, le changement permanent. Et faute d'actualité chaude - on ne peut pas avoir un attentat tous les jours tout de même - le changement tient de la poudre aux yeux. Permuter les infos, modifier le titre, changer la photo...Tout pour garder captif l'internaute volage. Tout pour éviter l'ennui, catalyseur pourtant de rêverie.
Tout, aussi, pour que l'internaute en mode concentré précaire sente que l'info se bouscule au portillon. Surtout ne jamais laisser penser que l'on va manquer. Internet est le lieu de l'abondance. L'information sur tout, sur rien, en continu, sans cesse... L'info en mode Manneken-pis sur le Web. Des informations dont la date de péremption correspond, grosso modo, à la date de consommation. Sitôt mangé, sitôt à dégager. Pas besoin de digérer.
Les informations vieillies à l'ombre des secondes n'ont plus, rapidement, qu'à se laisser dériver vers le large. Portées disparues, les informations ne peuvent pour autant être considérées comme défuntes. Car sur Internet, la mort n'existe pas. Côté vaguement diabolique de l'affaire.
En savent quelque chose ces jeunes qui, lors de leur entretien d'embauche, voient réapparaître des images qu'ils pensaient enterrées au fin fond d'un réseau de socialisation. En savent également quelque chose les excavateurs d'archives, les « googleliseurs » que nous sommes. Et les histoires disparues de réapparaître à la surface du Web par la volonté d'un internaute plus ou moins bien intentionné.
Et puis il y a « Condoms » too big « for Indian men ».
« Condoms » too big « for Indian men » fut publié sur le site de la BBC le 8 décembre 2006. Cet article, rédigé par un certain Damian Grammaticus, expliquait que, selon une étude, les préservatifs produits selon les standards internationaux étaient trop grands pour les Indiens.
Après une durée de vie honorable, marquée par une entrée dans le top 5 des histoires les plus lues sur le site de la « Beeb », l'histoire, comme les autres, fut refoulée vers les confins du monde cyber. L'histoire partit, puis elle revint. Elle repartit, et revint à nouveau. Depuis le 8 décembre 2006, « Condoms » too big « for Indian men » réapparaît à intervalles réguliers dans le top 5 des histoires les plus lues du site de la BBC.
D'où la première question, évidente : Pourquoi ? Y aurait-il tant d'internautes prompts à googleliser « condoms + india + men » ? Et ce à un rythme si fréquent ? Hypothèse faible, l'on en conviendra. Et pourquoi cette histoire en particulier plutôt qu' « India rattled by vibrating condom », publiée le 20 juin 2007, ou encore, et toujours dans le même ordre d'idées, « Most men 'unhappy with penis ops' », publiée le 13 février 2006 ?
Et la seconde question, brûlante : Y aurait-il, sur Internet, des histoires qui refusent d'être oubliées ? Ce pourrait-il que « Condoms » too big « for Indian men » soit l'histoire Spartacus des histoires esclaves du temps et du Web...


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