La saya, une jupe longue, et le manto, un voile-châle enveloppant le haut du corps, furent presque considérés au début du XIXe siècle comme une tenue nationale. Photo AFP
Très nombreuses à Lima au début du XIXe siècle, les tapadas impressionnèrent les observateurs européens, certains admiratifs, d'autres incommodés devant cette forme d'affirmation féminine. « Il n'est nul lieu sur terre où les femmes soient plus libres qu'à Lima », s'enflamma en 1837 la féministe et socialiste franco-péruvienne Flora Tristan, enthousiaste de voir les femmes couvertes, certes, mais libres de déambuler aux arènes, en promenade, au Congrès même. Et de jouer de la suggestion. Le mari pouvait ne pas reconnaître une épouse, flirter avec une inconnue, transgresser. L'Eglise et la Couronne espagnole tentèrent maintes fois de bannir les tapadas.
En pure perte, à Lima en tout cas. Des récits romantiques enjolivèrent la part de mystère, de séduction. La tapada pouvait ne laisser voir qu'un seul œil, une chaussure, parfois le talon ou un bout de bras, « jouant le jeu éternel du dissimuler et du laisser-voir », souligne del Aguila.
Au final, c'est la mode qui sonna le glas des tapadas.
Le boom économique du guano (un engrais) dans les années 1860 amena de nouvelles élites européennes férues de mode parisienne.
En outre, la fin du XIXe siècle s'accompagna d'un changement des codes sociaux, d'une volonté de contrôler, de voir, ajoute Casamalon, qui établit un parallèle avec la généralisation à l'époque de l'éclairage public. « Ce qui était sombre était perçu comme dangereux, ce qui était occulté comme mauvais. »
Pour Alicia del Aguila, l'histoire des tapadas montre que « la portée, la vie d'une tenue tiennent surtout à l'usage qu'en font les gens sur le long terme ».
L'avenir du voile islamique tiendra « surtout à ce qu'en feront de futures générations, peut-être plus laïques, plutôt qu'à un acharnement à légiférer », estime-t-elle. Similitude frappante avec le débat sur le voile, « les avis et prises de position, pour ou contre les tapadas, vinrent surtout de l'extérieur, des autorités ou d'observateurs », relève Casamalon.
« La seule voix qu'on n'entend pas est celle de l'usagère du vêtement. »


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