« Là, il y a un tournant judiciaire. Elle (l'ex-comptable) a été totalement manipulée par Mediapart », a-t-on déclaré dans l'entourage de Nicolas Sarkozy. « Elle disculpe totalement et clairement le président de la République », a-t-on ajouté. Eric Woerth est « aussi » blanchi, estime-t-on à l'Élysée.
L'avocat de Claire Thibout, Antoine Gillot, a cependant déploré les conditions d'audition de sa cliente à son domicile par des policiers dépêchés spécialement dans le sud de la France et il a dénoncé des « pressions » du parquet. « Je trouve absolument scandaleux l'acharnement du parquet à son encontre », a-t-il déclaré à Reuters. Claire Thibout est revenue à Paris avec les policiers hier, dans le but possible, selon l'avocat, d'une confrontation avec Patrice de Maistre, qui nie ses accusations.
Mediapart a, de son côté, maintenu la teneur des entretiens avec Claire Thibout, sans préciser s'ils avaient été enregistrés. Ils ont été réalisés, dit la rédaction, en présence de tiers témoins.
Les carnets de l'ancienne comptable, un temps disparus, ont par ailleurs été retrouvés chez Liliane Bettencourt, qui avait pourtant déposé plainte pour « vol ». Ils ont été remis à la police par l'avocat de l'héritière, Me Georges Kiejman. Lors d'une conférence de presse, cet avocat s'en est pris à la comptable. « Elle ment parce qu'elle est blessée dans son amour-propre, blessée d'être écartée de la vie de Liliane Bettencourt », a-t-il estimé. Il a montré aux journalistes des photocopies de ces carnets manuscrits sur lesquels Claire Thibout consignait les retraits en espèces et leur usage. On peut y lire la trace d'un retrait de 50 000 euros sur un compte de Liliane Bettencourt à la BNP à la date du 26 mars 2007, évoquée par Mediapart, mais jamais mentionné devant la police par Claire Thibout. On voit également à la date de janvier 2007 mention d'un retrait de 100 000 euros avec la mention « Monsieur », apparente allusion à André Bettencourt (décédé en novembre 2007). Georges Kiejman n'a pu dire quel usage signifiait la mention « Monsieur ».
L'enquête reste sous le contrôle du procureur de Nanterre Philippe Courroye, qui n'a pas caché dans le passé son amitié avec Nicolas Sarkozy. Ce point a suscité une réaction de l'Union syndicale des magistrats, qui estime que le procureur devrait se dessaisir au profit d'un juge d'instruction.


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