Le centre devrait également rassembler les instruments musicaux anciens et en sauver certains de moins en mois utilisés. Photo Adach
« Le centre vise à sauver l'héritage musical en danger dans le monde de l'islam, et à enregistrer et digitaliser les genres musicaux afin de les préserver pour les générations futures », a déclaré à l'AFP Sami al-Masri, directeur adjoint de l'Autorité d'Abou Dhabi pour la culture et le patrimoine (Adach). Cette instance supervise la création du centre dans le cadre de l'ambitieux projet de la capitale des Émirats arabes unis, qui abrite déjà des branches des musées du Louvre et Guggenheim, de s'imposer comme un centre culturel régional. La mondialisation, l'exode rural, les guerres, l'analphabétisme culturel et le tourisme de masse sont autant de menaces et de défis posés au patrimoine vivant, selon les critères avancés par l'Unesco, dont les Émirats ont ratifié en 2005 la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
« Le centre va rassembler des études et une documentation sur les genres et les traditions musicales dans le monde de l'islam, ainsi que des instruments et des documents qui s'y rapportent », a précisé M. Masri. « La musique fait partie intégrante de la culture des sociétés islamiques », affirme-t-il, en réponse à certains oulémas, notamment en Arabie saoudite, qui estiment que la musique est prohibée par l'islam.
« Il n'y a pas de musique islamique, mais des pratiques musicales dans toutes les sociétés musulmanes », explique pour sa part Chérif Khaznadar, directeur exécutif du projet. « La méthodologie du centre vise à sauvegarder les pratiques musulmanes les plus menacées (...), les rendre durables », explique-t-il. « Nous tentons de déterminer les patrimoines musicaux les plus menacés, et les documenter afin de les sauver de l'oubli », ajoute-t-il.
Le centre cherche également à rassembler les instruments anciens et à en sauver certains « de moins en moins utilisés, comme le bouzouk (variante du luth à manche longue) », selon M. Khaznadar. Il a commencé à organiser une série de concerts et de programmes spéciaux, dont un sur la musique traditionnelle pakistanaise en voie de disparition, et un autre sur les techniques vocales en Ouzbékistan.
Le centre s'emploie également à perpétuer la tradition des maqams, ce mode musical arabe qui emploie le quart de ton, avec une série de concerts du joueur de oud (luth oriental) Omar Bachir, fils du célèbre musicien irakien Mounir Bachir. En Irak par exemple, du fait de la situation politique, les concerts se font de plus en plus rares, mais le maqam irakien, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, est resté pratiquement intact et très apprécié, note l'Unesco sur son site.
Des équipes d'experts consacrent une bonne part de leurs travaux aux traditions musicales de la région du Golfe, et notamment aux chants bédouins qui se transmettent oralement et sont menacés de disparition en raison de la transition brutale de ces sociétés de la vie bédouine à un monde ultramoderne après la découverte du pétrole.
Le centre vise également à enregistrer les traditions musicales des minorités dans le monde musulman, dont les musiques assyrienne, araméenne, dont le patrimoine est en danger.


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