Continent mythique, métaphore poétique, creuset de toutes les douleurs, de toutes les disparités, mais aussi de toutes les flammes, l'Afrique a longtemps fait rêver. Le cinéma s'en est vite approprié pour installer sa grosse machine et refléter une image d'abord idyllique, malgré les mouches, les moustiques ou la peur des crocodiles et des serpents.
Le premier héros à présenter ce paradis sur terre est bien sûr le Tarzan de tous les enfants qui, toujours à mains nues et sur sa liane, s'en allait sauver le genre humain. Formidable Johnny Weismuller, en compagnie de sa Jane (Maureen O'Sullivan) qui auront séduit des générations entières. De l'homme singe au singe lui-même, sans oublier le petit Mowgli illustré par les studios Disney, il n'y avait qu'un pas. Que ce soit dans le King Kong de 1933, celui de John Guillermin, produit par Dino de Laurentis en 1976, avec la magnifique Jessica Lange, ou encore celui repris par Peter Jackson en 2005 avec la non moins sexy Naomi Watts, et même encore ce Mighty Joe Young en 1998 accompagnant la très belle actrice sud-africaine Charlize Theron, ces gros singes incarnent surtout le désir d'aliénation d'un ancien continent à un autre, nouveau celui-ci et assoiffé d'exotisme. Dans ces films, le quadripède, ancêtre de l'homme, est attendrissant, fort et généreux, puisqu'il fait le don de lui-même. Il incarne cette Afrique qu'on voudrait assujettir et formater en faisant fi de son identité.
Plus tard, dans les trois dernières décennies du siècle, Hollywood change de trajectoire et semble davantage s'intéresser aux problèmes du continent africain. Délaissant la magie « noire » et tout ce qu'elle engrange, ne suivant pas l'exemple français qui produisait des comédies, comme L'Africain de Philippe de Broca, ou des drames, comme Le Professionnel, suivant un angle purement hexagonal, les Américains s'attardent sur les problèmes des pays d'Afrique vus de l'intérieur. Que ce soit Blood Diamond d'Edward Zwick, qui traite du sujet des enfants soldats et du trafic des diamants ; The Last King of Scots de Kevin Mc Donald, tourné en Ouganda même et qui adoptait le point de vue d'un pays rallié à son dictateur ; Hotel Rwanda, qui parle avec justesse et lucidité des massacres ; The Constant Gardener (2005) et Lord of War (2006), qui ont tous deux habilement traité des maux qui gangrènent l'Afrique, à savoir les magouilles pharmaceutiques et le fléau des armes ; ou encore le dernier-né de Clint Eastwood, Invictus, qui fustige le racisme, ces films intelligents ont tous su à leur manière parler de l'Afrique actuelle comme Hollywood l'avait rarement fait. Bien sûr l'Amérique y joue toujours en filigrane le rôle du « Big Brother » qui vient à la rescousse des opprimés, mais les studios hollywoodiens se sont pour une fois effacés devant le drame qui sévissait en Afrique et ont su illustrer toutes les larmes et blessures d'un continent fatigué et abandonné.
Aujourd'hui, Shakira donne le ton. « C'est maintenant et en Afrique », chante-t-elle, et sa voix porte loin. À travers toutes ces formidables équipes africaines porteuses d'un talent immense et d'une dynamique différente : lions indomptables du Cameroun, éléphants de Côte d'Ivoire, ou encore Ghanéens black star, on peut constater que « les dieux ne leur sont pas tombés sur la tête » (allusion au film de James Uys en 1981) et qu'on n'est pas du tout Out of Africa, mais bien dans son centre.
Au cœur de cette Afrique porteuse d'espoirs et qui nous fait encore rêver.

